
Curieusement, il n’y a pas eu de cérémonie et de discours pour les travaux autour des lieux de culte.
Par Narain Jasodanand
En septembre 2023, Kavy Ramano était dénoncé pour avoir utilisé les fonds de son ministère pour le bétonnage et l’asphaltage à outrance – un comble pour un ministre de l’Environnement – des lieux de culte. On l’avait baptisé alors « ministre des Affaires religieuses ». De l’histoire ancienne ?
Non. Vous seriez étonnés d’apprendre que la Road Development Authority (RDA) vient de dépenser Rs 250 millions entre janvier et avril 2026 rien que pour l’asphaltage ou resurfaçage de parkings et routes autour des lieux de culte. Et cela, que les routes soient classified, c.-à-d. tombant sous la responsabilité de la RDA ou non classified, soit sous la responsabilité des conseils régionaux (municipalités et conseils de district).
Si vous vous plaignez des nids-de-poule sur les autres routes, sachez que la RDA n’a plus d’argent pour les réparer et encore moins pour les refaire complètement. Car après avoir claqué Rs 250 millions en moins de quatre mois et provisionné Rs 300 millions pour le paiement de certains projets de 2025, il ne subsiste plus que Rs 50 millions sur les Rs 600 millions budgétées pour le reste de l’année financière. Le coût de ces projets va de Rs 100 000 à Rs 12 millions. Une centaine a été réalisée !
De plus, nous dit une source au ministère des Finances, les travaux effectués sur les routes non classified par la RDA auraient pu être exécutés par les conseils régionaux à moindre coût. Si c’est vrai, une enquête serait la bienvenue pour savoir pourquoi les contrats accordés par la RDA coûtent plus cher par kilomètre.
Task Force en mode Covid
Mais pourquoi la RDA s’est-elle empressée de faire ces travaux ? Il faut savoir que ces asphaltages et réasphaltages ont été décidés par la Task Force sur les fêtes religieuses, présidée par le Premier ministre lui-même. A-t-il autorisé l’utilisation de Rs 250 millions en moins de quatre mois ? Pas si sûr !
Car selon notre source aux Finances, si la Task Force a autorisé le ministre de tutelle de la RDA, Ajay Gunness, à s’occuper d’un maximum de lieux de culte et des routes y menant, elle n’a pas prévu qu’un tel montant y serait engouffré en si peu de temps. C’est pourquoi instruction formelle vient d’être donnée de rechercher d’abord l’approbation du budget avant chaque projet.
Contacté, Seewoonarain Koonjul, le Chairman de la RDA, affirme que « tout a été fait selon les procédures ». Il nous confirme cependant que les Finances ont exigé que la RDA obtienne désormais leur approbation avant tout projet. Koonjul nous dit n’être pas au courant du coût de ces projets mais il sait qu’il y en a eu beaucoup récemment. Plutôt vagues, ces explications !
Tout de même, Rs 250 millions ? Selon notre source aux Finances, le ministre Gunness avait un autre objectif, plus politique que religieux. Le torchon brûlait entre la Bande des Quinze et les Bérenger entre janvier et mars 2026. Dans le dessein d’attirer le maximum de sympathies à travers l’île, quoi de mieux que de miser sur la religion ? Et visiblement, on n’a pas regardé à la dépense…
Il y aurait aussi le désir d’octroyer des contrats. Les enveloppes remises ne seront pas une cause de rupture de contrat. Même si les travaux concernent les lieux de culte…
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La RDA championne de l’imperméabilisation des sols
Il n’y a pas eu que des réasphaltages. De nouveaux chemins et surtout les cours de certains lieux de culte ont reçu une épaisse couche de bitume. Et de larges espaces verts ont été convertis en parkings. Il y en a eu 33. La RDA est le champion de l’imperméabilisation des sols. Gare donc aux prochaines averses, avec encore plus d’inondations !
À s’attendre aussi, dans un proche avenir, à des réservoirs asséchés, avec les eaux de pluie qui, au lieu d’infiltrer le sol et remplir les aquifères et les bassins versants, se déverseront dans les rivières et les drains avant de finir leur course en mer, emportant au passage les plages, comme ce fut le cas à Tamarin en avril. Les bassins de rétention promis depuis l’ancien gouvernement se font toujours attendre.
On nous explique d’ailleurs qu’il est fort possible que ce soient ces routes, parkings géants et drains construits dans la région de Grand-Bassin qui ont dévié les eaux de Mare-aux-Vacoas. On a aussi noté une élévation de la température dans la région, après l’abattage massif d’arbres et ces constructions.