Qui protège-t-on dans l’affaire de cette employée de la mairie de Vacoas-Phoenix décédée ?

Par Narain Jasodanand

Harcèlements, fausse accusation, tentative de suicide, longue maladie puis décès. C’est le lot d’une ex-employée de la municipalité de Vacoas-Phoenix durant ces derniers mois. Celle qui se serait acharnée sur cette malheureuse n’est nulle autre que sa supérieure dont elle était la secrétaire.

Selon Jonathan Chatignan, la décédée était faussement accusée d’avoir fait fuiter des documents concernant les recrutements à la municipalité de Vacoas-Phoenix. Pour rappel, il y avait même eu une question au Parlement, venant d’Anabelle Savabaddy, à propos de ces embauches qui auraient exclu une communauté, dont seulement trois membres sur 123 candidats avaient été recrutés.

Mais comme sous l’ancien régime, au lieu de rechercher ceux qui auraient exercé des influences indues pour le recrutement de leurs proches ou agents, les autorités auraient lancé une véritable chasse aux sorcières pour retrouver le lanceur d’alerte. C’est en tout cas ce que nous affirment plusieurs employés de la municipalité.

La décédée se sentait visée, d’après ce que nous raconte un de ses collègues. A-t-on tenté de lui faire porter le chapeau ? Probablement oui, surtout de la part de sa supérieure qui n’arrêtait pas de la harceler à propos d’autres sujets aussi. Ce qui l’avait même poussée à une tentative de suicide.

Rs 91 millions bloquées et Rs 58 millions perdues à la Silver Bank

Cette supérieure est connue pour être une vraie harceleuse dans presque toutes les mairies et conseils de district où elle a été postée. Même les conseillers élus la craignaient. Ce n’est pas qu’elle se montrait à cheval sur les procédures et les règlements. Au contraire ! Un exemple ? C’est elle qui, en tant que haute fonctionnaire de la municipalité de Curepipe, avait refusé, en février 2020, de signer la lettre autorisant le retrait des Rs 91,6 millions de dépôt de la municipalité à la feue Banyan Tree Bank (BTB) qui deviendra Silver Bank. Cela, alors que le dépôt était déjà arrivé à maturité, et surtout que l’on savait que la BTB avait de graves difficultés financières.

Et effectivement, les Rs 91 millions seront bloquées pendant plusieurs années après la mise sous conservatorship de la BTB et la somme transférée à la Silver Bank, qui sera, elle aussi, placée sous séquestre avant d’être mise en liquidation, en avril 2026. Navin Ramgoolam a confirmé en avril 2026, au Parlement, que le dépôt restant de Rs 58 millions de la municipalité est probablement perdu.

Indulgence et mutation pour toute sanction

À une question de l’opposition le 24 novembre 2020, l’ex-ministre Anwar Husnoo a répondu que la haute fonctionnaire avait été sanctionnée pour avoir maintenu ces Rs 91 million à la BTB. On a appris qu’en guise de sanction, la dame n’avait été que mutée vers un conseil de district avant de revenir en ville, à Vacoas-Phoenix.

On se doutait à l’époque que cette sanction légère avait été décidée pour que la haute fonctionnaire ne passe pas devant un comité disciplinaire et pour que l’on ne sache pas qui dans le gouvernement MSM voulait protéger la BTB pourtant défaillante.

Sous le présent gouvernement aussi, personne n’a voulu à ce jour connaitre la vérité. Avec le décès de cette employée de la municipalité de Vacoas-Phoenix, victime, dit-on, de harcèlements de la part de cette même haute fonctionnaire, les autorités se décideront-elles à demander des comptes à cette dernière ?

Visiblement non, puisqu’au ministère des Collectivités locales, on ne s’inquiète ni de cette histoire de dépôt à la BTB/Silver Bank ni des recrutements discriminatoires ni du sort de l’employée décédée. Pourtant, plusieurs lettres auraient été adressées, selon Joathan Chatignan, par la défunte au ministère. Ces trois affaires semblent embarrasser en haut lieu.

On tente même de relativiser en avançant que l’employée décédée avait des problèmes personnels. Même si elle en avait, nous disent ses ex-collègues, les harcèlements et fausses accusations qu’elle avait subis avaient achevé de la rendre malade et suicidaire.

Le pire ? Nous apprenons que la haute fonctionnaire savait que l’employée passait par des moments difficiles, mais au lieu de la soutenir, elle s’était acharnée sur elle. La situation de faiblesse de cette dernière a fait le reste.