Bidonville en 2026, où l’on pourrait implanter des jardins communautaires pour rendre leur dignité aux habitants et couper l’herbe sous le pied des dealers.

Par Doris Félix

Encore, hier.

Un bébé poignardé par son père sous l’effet de la drogue. Il ne faut pas condamner seulement le père.

Le coupable, c’est NOUS. C’est le système que nous laissons pourrir.

Où sont passés nos espaces communautaires ?

Avant, dans chaque cité, il y avait un terrain, une salle verte, un centre de jeunes. Un endroit où le petit allait taper le ballon au lieu de se taper sa première dose. Un endroit où la mère venait parler quand son mari commençait à devenir violent.

Aujourd’hui ? Les centres de jeunes sont fermés. Les terrains sont abandonnés ou transformés en parking. Les salles communautaires sont louées pour des mariages, pas pour des ateliers de prévention. Les travailleurs sociaux n’ont même pas une salle avec une clé pour recevoir un jeune en crise.

On a enlevé aux jeunes le seul endroit qui les protégeait de la rue. Et après, on s’étonne qu’ils trouvent dans la rue leur sachet de drogue.

Un jeune qui n’a nulle part où aller ira chez le dealer du coin. C’est mathématique.

Et les terrains de l’État qui pourrissent ?

C’est le plus aberrant. L’État possède des centaines de terrains abandonnés. Partout. À Beau-Bassin, à Cité Barkly, à Roche-Bois, à Camp-Levieux. Des terrains en friche, remplis de canettes, de seringues, de hautes herbes.

Pourquoi ces terrains ne sont-ils pas convertis en JARDINS COMMUNAUTAIRES ?

Un jardin, ce n’est pas juste des plantes. C’est un lieu où un père apprend à faire pousser quelque chose au lieu de détruire. Où une mère vient chercher des brèdes. Où les enfants touchent la terre au lieu de toucher à la drogue. Où les vieux transmettent. Où on crée de la vie.

Un terrain abandonné coûte de l’argent à l’État. Un jardin communautaire rapporte de la dignité, de la nourriture, du lien. Il occupe les mains qui autrement roulent un joint. Il donne une fierté.

Donnez-nous les terrains. On s’occupera du reste. Les mamans, les jeunes, les ONG, on sait faire pousser.

Et les ministères ? Nommons-les

Assez des « on va faire un comité ». Le PM l’a dit lui-même : il faut tout simplifier, tout secouer pour faire bouger les choses. Alors simplifions.

Ministère de la Santé et du Bien-être : où est votre politique de désintoxication massive ? Vous avez combien de lits pour 100 000 drogués ? 20 ? Vous laissez les familles faire la queue pendant six mois à Phoenix pendant que leur fils meurt. Votre prévention se résume à une affiche déchirée dans un dispensaire. Et cette méthadone distribuée n’importe comment et revendue par les drogués eux-mêmes ? Qui contrôle ?

Ministère de l’Agro-industrie : au lieu de prêcher la Smart Agriculture, avec drones et intelligence artificielle, commencez parle plus simple en encourageant les jardins communautaires.

Ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille : combien de signalements de femmes battues par un conjoint drogué avez-vous ignorés cette année ? Vous avez des shelters minuscules pour toute l’île qui sont pleins. Une femme qui appelle à minuit parce que son mari défoncé menace son bébé, vous lui dites de « revenir demain avec une plainte ». Le lendemain le bébé est mort.

Ministère de l’Intégration sociale : votre job, c’est de casser la pauvreté. Où êtes-vous ? Que faites-vous pour la réduire ? Qui est-ce qui a du sang sur les mains ?

Ministère de la Jeunesse et des Sports : c’est VOUS qui devriez rouvrir les espaces communautaires ! Un ballon coûte Rs 500. Un sachet de graines coûte Rs 50. Une vie de dealer coûte un bébé mort. Faites le calcul.

Ministère des Collectivités locales : chaque municipalité a un budget pour les « loisirs ». Où passe cet argent ? Pourquoi chaque terrain synthétique est-il verrouillé à 18 heures ? Ouvrez !

Ministère du Logement et des Terres : donnez les terrains abandonnés aux communautés ! Arrêtez de les garder pour des « projets futurs » qui n’arrivent jamais. Un terrain vide aujourd’hui, c’est un dealer qui s’y installe demain. Au lieu de penser juste à vendre des terrains aux étrangers, songez aux Mauriciens et aux plus pauvres !

Vous vous renvoyez la balle. « Ce n’est pas notre mandat. » Pendant ce temps, les dealers, eux, travaillent ensemble. Très bien.

La solution est simple : moins de campagnes, plus d’actions

Dans chaque quartier, un ESPACE COMMUNAUTAIRE OUVERT 7j/7 jusqu’à 22 heures. Avec un travailleur social PAYÉ, un psychologue, une table de ping-pong. Un endroit où le père qui a envie de consommer peut venir parler au lieu de frapper.

Chaque terrain abandonné de l’État devient un JARDIN COMMUNAUTAIRE. Géré par les habitants. Avec des plantes, des fruits, des légumes. On transforme les friches de la drogue en jardins de la vie. C’est concret, ce n’est pas cher, et ça sauve des vies.

Budget confisqué aux trafiquants = budget pour ces centres et ces jardins. Loi immédiate. On prend leurs maisons, leurs voitures, on vend, et on construit 100 centres avec cet argent.

Un seul numéro d’urgence famille-drogue qui déclenche l’intervention des sept ministères en même temps. Une mère appelle et en une heure, une équipe débarque. Pas en trois semaines.

Ce bébé est mort parce qu’il n’y avait pas un seul endroit à 200 mètres de chez lui où son père aurait pu être accueilli dans l’après-midi quand le manque le rendait fou.

Nous avons fermé les portes. Nous avons laissé les terrains pourrir. Il a ouvert celle de l’enfer.

Le prochain bébé ne mourra pas d’une overdose. Il mourra de notre indifférence.

Alors, ministres, vous ouvrez quand les portes et les terrains ? Ou attendez-vous le prochain RIP ?