Ces voix qui se réclament « la voix des sans-voix » se sont tues. 

Par Doris Félix

La politique n’est pas un métier. C’est un sacerdoce.

On ne représente pas un fauteuil. On représente des vies.

Des mères qui font leurs courses.

Des jeunes qui cherchent du travail.

Des retraités qui comptent chaque roupie.

Des malades qui font la queue pour un rendez-vous à l’hôpital public.

Des médicaments à un prix exorbitant, souvent en rupture.

Des robinets à sec et des blackouts réguliers.

 

Pendant des semaines on les a entendus.

Fort. Dans les micros. Sur les plateaux.

« Non pour le peuple. Non pour les sans-voix. »

 

Et le peuple, lui, y a cru.

Le peuple les attendait au Parlement. Le jour J.

Parce que le jour J, c’est là qu’on prouve.

C’est là qu’on paye le prix de la parole.

Résultat ?

Raisons personnelles !

L’un présent le matin, absent quand il fallait voter : raisons personnelles.

L’autre absent : maladie.

Et pourtant… on le savait, tous.

Quoi qu’on fasse, personne n’aurait osé faire tomber le vote final.

Même les bookies « marrons » misaient sur au moins trois voix de conscience.

Trois voix qui se lèveraient.

Trois voix qui diraient : « Même perdant, j’aurai été debout pour mon peuple ».

Ô désespoir.

Ces voix qui se réclament « la voix des sans-voix » se sont tues.

Une seule s’est fait entendre de ce côté de la Chambre : Sydney Pierre.

Et il a été révoqué sur le champ. Leçon pour ceux qui oseraient un « no » une autre fois ?

Sinon, on ne peut même pas parler de « silence radio » puisque la division of vote les a forcés à assumer leur « aye ».

Au moment le plus crucial de leur carrière au Parlement.

Imaginez un peu la force que ça aurait ajouté aux noms des membres de l’opposition : Paul Bérenger. Chetan Baboolall. Joanna Bérenger. Joe Lesjongard. Franco Quirin.

Eux étaient là. Debout. Présents. Insistants.

Avec eux, ces deux absences auraient fait sens.

Et d’autres « no » auraient apporté de l’eau à leur moulin et fait vibrer le cœur de cette population en souffrance.

Ils auraient eu du poids.

Ils auraient montré qu’il reste encore des politiciens qui se battent, même en minorité, pour supporter l’opposition quand elle a raison.

Mais non. Ces deux chaises étaient vides.

Alors que certains « aye » sonnaient plus faux que d’autres. Opportunisme oblige.

Gouverner c’est être là quand ça fait mal.

Représenter c’est perdre parfois, mais avec dignité.

C’est regarder ses électeurs dans les yeux après.

Aujourd’hui le peuple a vu.

Et le peuple se souvient.

Du DRINGGG de 2 minutes, après la décision de la Speaker d’accorder la division of vote, qui a traversé les écrans TV dans chaque maison mauricienne.

Le peuple se souviendra des cris. Du suspense. De la chair de poule.

Il se souviendra surtout des absences.

Aux prochaines élections, chacun sera placé là où il mérite d’être.

Comme disait Che Guevara : « Le vrai révolutionnaire est guidé par de grands sentiments d’amour. »

Aimer son peuple, c’est être présent pour lui. Même quand c’est difficile.

Si tu ne peux pas AIMER ton peuple, RESPECTE-LE au moins.

La parole sans l’acte n’est que du bruit.

Et le peuple en a marre du bruit.