
Pourquoi Ramgoolam a-t-il injecté autant d’argent dans MauBank ?
Par Narain Jasodanand
Rs 67 milliards de dettes au 30 juin 2026 pour 20 entreprises publiques et cinq corps paraétatiques ! Dont Rs 30 milliards dues aux banques commerciales. Le Central Electricity Board (CEB) a, à lui seul, Rs 10 milliards de dettes, suivi de la State Trading Corporation (STC) avec
Rs 5,3 milliards.
Navin Ramgoolam n’a pas précisé ce mardi matin au Parlement qui sont ces heureuses banques commerciales. Selon nos informations, la State Bank of Mauritius n’est pas la seule à profiter d’environ Rs 2,6 milliards d’intérêts par an que rapportent ces prêts et découverts. Il y aurait aussi d’autres banques du privé.
Le Premier ministre (PM) n’a pas non plus donné le nom de ces institutions financières, autres que les banques commerciales, qui détiennent Rs 35 milliards de ces dettes. Elles sont probablement des institutions internationales à qui il faudra donc rembourser en devises étrangères. Mais il a déclaré que ces entreprises doivent Rs 7,2 milliards à la Banque de Maurice (BoM).
Les dettes des State-Owned Enterprises, a dit le PM, étaient de Rs 54,3 milliards en décembre 2024. Parmi celles-ci, Metro Express Ltd et Mauritius Telecom (MT) qui doivent de l’argent – Ramgoolam n’a pas donné les chiffres – sûrement à des institutions étrangères.
Au secours de MauBank
Le comble : un holding d’une banque qui doit de l’argent ; MauBank Holding Ltd. Elle a emprunté à l’African Development Bank et même auprès de sa propre banque, la MauBank ! Résultat, c’est l’État qui doit lui venir en aide en lui octroyant un don en 2025-2026, donc sous ce gouvernement, de Rs 1,4 milliard. Et aussi en 2026 mais, malin, Ramgoolam n’a pas donné le montant, se contentant d’affirmer que Rs 1,9 milliard ont été injectées dans Metro Express et MauBank Holdings.
Après tous ces milliards injectés par ce gouvernement et le précédent, la MauBank sera-t-elle vendue ? On aimerait bien le savoir.
L’État a aussi mis de l’argent dans le National Property Fund Ltd (NPFL) ‒ Rs 7,9 milliards en 2020-2021, Rs 3,6 milliards en 2024-2025 ‒ pour payer les bénéficiaires de Super Cash Back Gold Scheme (SCBG) de l’ex-BAI. Rs 1,5 milliard ont aussi été injectées dans Metro Express, mis à part la somme inconnue sur le montant total des Rs 1,9 milliard injectées dans Metro Express et MauBank. En tout, l’État a déboursé Rs 16,3 milliards pour aider NPFL, Metro Express et MauBank. Pourquoi ? Pour rembourser leurs dettes !
Ces Rs 16,3 milliards que l’État a déboursées ont, bien sûr, été financées par des dettes puisque les caisses sont vides. On emprunte donc pour payer des dettes !
La Development Bank of Mauritius, l’Industrial Finance Corporation of Mauritius (IFCM) Ltd et la State Investment Corporation Ltd, qui sont toutes des institutions financières, ont-elles aussi reçu des milliards en prêts de la Banque centrale ? Ramgoolam n’a pas livré ces chiffres.
Mauvaise comparaison
Le Premier ministre a tenu à préciser que les dettes de ces entreprises publiques sont passées de Rs 15,1 milliards en décembre 2014 à
Rs 54,3 milliards en décembre 2024. Il a aussi affirmé que ces dettes étaient de Rs 48,9 milliards en juin 2026. Est-ce à dire que ces dettes ont diminué de Rs 54,3 milliards à Rs 48,9 milliards sous ce gouvernement ? Pas sûr, car si Ramgoolam a déclaré que les Rs 48,9 milliards étaient dues par 20 entreprises publiques, il n’a pas précisé si les Rs 54,3 milliards étaient pour 20 ou toutes les entreprises publiques. Encore un tour de passe-passe ?
Aucune dette n’est mentionnée pour la CWA. N’en a-t-elle pas ? On ne le sait.
Il est bon de citer les mots forts employés par Navin Ramgoolam à la fin de sa réponse à Ravin Jugurnauth : « The significant increase in the indebtedness of parastatal bodies and State-owned enterprises reflects the consequences of the previous Government’s total lack of fiscal discipline and its reckless and systemic failure to control public sector borrowing. This accumulation of debt obligations has placed additional pressure on public finances, reduced fiscal space for priority investments… »
Et lui, Ramgoolam, ne fait-il pas preuve du même recklessness en empruntant des milliards par-ci, par-là, pour des projets qui n’ont pas leur raison d’être en ce moment, comme l’autoroute M 4, la Ring Road et autre hôpital vétérinaire ?