
Nishta Jooty-Needroo, l’ex-CEO du SIT, s’est introduite dans la polémique sur la patate.

Arvin Boolell n’a pas clairement répondu à Joanna Bérenger, mardi 7 juillet, au sujet des mauvaises semences de pomme de terre.
Par Narain Jasodanand
En réponse à Joanna Bérenger le 7 juillet au Parlement, le ministre de l’Agro-industrie n’a pas reconnu explicitement que les semences de pomme de terre vendues par l’Agricultural Marketing Board (AMB) aux planteurs étaient de mauvaise qualité. Il s’est contenté de déposer le rapport du Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI), sans l’expliquer. Bref, il n’a pas voulu faire son mea culpa. Ce n’est pas son genre, d’ailleurs.
Arvin Boolell n’a pas non plus livré le calcul utilisé pour compenser les planteurs. Il a juste répondu que « it was calculated by the best of human resources who are in daily touch with the planters » !
Il n’a pas dit clairement si une réclamation sera faite auprès du fournisseur des semences, comme il l’avait lui-même envisagé sur un post Facebook (il ne fait plus de post depuis) : « Certainly, to some extent it can be done, okay? But it will not get the total loss », a-t-il répondu à Joanna Bérenger.
Le ministre n’a pas, non plus, communiqué le montant des pertes encourues par l’AMB dans cette affaire. Lorsque Joanna Bérenger lui a demandé pourquoi rien n’avait été fait depuis la publication d’un autre rapport du FAREI, en 2023, qui avait révélé les mauvaises conditions de stockage des semences par l’AMB, Arvin Boolell a rappelé sa réponse relative au dernier rapport de… 2026. A-t-il mal entendu ou mal compris la question ? Ou veut-il cacher certaines informations ?
Il semble que oui.
Qui voulait refiler les semences pourries au SIT ?
Selon une source, l’AMB avait acheté 250 tonnes de semences pour les vendre aux agriculteurs et une partie pour un projet de plantation de pomme de terre par le Sugar Investment Trust (SIT) et Rose Belle Sugar Estate.
Devant le refus, fin 2025 et début 2026, des planteurs d’en acheter à la suite de leurs déboires avec ces semences en 2025, le ministère de l’Agro-industrie et l’AMB voulaient imposer les semences au SIT. Or, Nishta Jooty-Needroo, la Chief Executive Officer (CEO) qui vient d’être débarquée, n’en voulait pas. Elle a proposé à la place que les 200 arpents de terrain du SIT soient mis à disposition des planteurs.
Toujours d’après notre source, au cours de plusieurs réunions, Nishta Jooty-Needroo avait fait savoir que ce projet n’était pas indiqué pour le SIT, d’autant que l’institution manquait de main d’œuvre et de moyens logistiques. Les précédentes tentatives du SIT dans ce domaine avaient causé des pertes, la pomme de terre étant un produit qui ne rapporte pas beaucoup. Il fallait aussi payer chèrement des contracteurs.
Finalement, Nishta Jooty-Needroo acceptera, après maintes pressions, de réserver 50 des 200 arpents pour la culture de pomme de terre par le SIT. Elle a également dû se plier à soulager l’AMB de 65 tonnes de semences.
Un planteur que nous avons contacté ne comprend pas pourquoi le ministère ne leur accorde pas ces terres plutôt, car ils seront davantage en mesure de les exploiter d’une façon plus optimale que le SIT.
En réalité, affirme cet agriculteur, l’objectif de l’Agro-industrie n’était pas tant de produire des pommes de terre pour approvisionner le marché mauricien en remplacement des planteurs, mais plutôt d’écouler les semences qui lui étaient restées sur les bras après le refus des planteurs de les acheter, à la suite de leur mauvaise expérience de 2025. D’ailleurs, les agriculteurs ont cultivé la carotte, dont le prix a dégringolé en conséquence d’une trop grande offre. Et lorsqu’il y a un excédent de production, poursuit notre interlocuteur, les planteurs ne peuvent pas compter sur l’AMB pour racheter leurs récoltes, l’organisme préférant importer.
Rapport accablant
Ces semences que l’AMB voulait refourguer au SIT sont-elles de bonne qualité ? Le rapport du FAREI ne le dit pas, mais tout porte à croire que tout le stock de semences était affecté.
Interrogé à l’époque, Arvin Boolell avait assuré qu’il n’existait aucun surplus de semences, alors qu’il y en avait bel et bien et qu’il voulait s’en débarrasser avec le SIT !
Nishta Jooty-Needroo paiera cher pour avoir tenu tête, non seulement pour les semences, mais, aussi, comme elle l’a raconté sur Radio Plus, pour avoir exigé que le contracteur choisi pour un projet de morcellement fournisse une garantie bancaire. Son époux sera piégé par celui que l’on nomme Judas, et mari et femme ont dû quitter leur poste.
En écoutant Arvin Boolell au Parlement mardi, on avait l’impression que les semences étaient de mauvaise qualité dès leur embarquement en Europe. Il a même proposé des mesures de contrôle et l’emploi d’un expert (en Europe ?) pour vérifier la qualité des semences avant qu’elles ne soient exportées vers Maurice.
Or, le rapport du FAREI est accablant : les semences provenant de France, d’Australie et d’ailleurs sont défectueuses. Ce qui prouve que les mauvaises conditions de stockage de l’AMB sont bien la cause de ces millions de pertes, en argent et en pomme de terre, qu’il faudra compenser en important encore plus. Ce qui fera la joie de certains démarcheurs.