Par Doris Félix

Dans le sillage du dernier budget, le ministère du Commerce subventionne les conserves de thon (entier, en miettes, au naturel, à l’huile…) à hauteur de Rs 20 par boîte pour encourager les classes les plus en difficulté à en consommer « au maximum ».

Le problème sanitaire reste entier.

Le thon accumule du méthylmercure, un neurotoxique dangereux, surtout pour les femmes enceintes et les jeunes enfants. En Europe, 57 % des boîtes testées dépassent 0,3 mg/kg et 100 % sont contaminées. Pourtant, la norme autorisée pour le thon est de 1 mg/kg, soit trois fois plus élevée que celle applicable à la sardine.

Inquiétude sur la concurrence et la transparence

Depuis le 20 mai 2026 et jusqu’à fin 2028, le Royaume-Uni a suspendu ses droits de douane de 20 % sur tout le thon importé. L’objectif est de baisser les prix pour les Britanniques.

À Maurice, le ministre de l’Économie bleue, Arvin Boolell, s’inquiète car cette mesure prise sans consultation menace une filière qui pèse 14 milliards de roupies par an. Le dossier est au ministère des Affaires étrangères.

En face, les Maldives se réjouissent. Avant, seuls Maurice et les Seychelles avaient un accès hors taxe. Désormais, les Maldives, la Thaïlande, l’Inde, le Sri Lanka et Oman concurrencent à armes égales le marché britannique.

Dans ce contexte, la question se pose avec plus d’acuité : les marques de thon subventionnées à Maurice ont-elles été testées pour le
mercure ? Sans contrôle publié, on risque d’exposer en priorité ceux qui n’ont pas d’alternative alimentaire.

Nous apprenons par ailleurs qu’un fils d’une personnalité politique serait agent d’un opérateur espagnol de pêche au thon.

Les recommandations sanitaires  

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) recommande de ne pas consommer plus de deux portions de poisson par semaine, dont une seule de thon. Pour les femmes enceintes, elle préconise de limiter la consommation de poisson à 150 g par semaine et d’éviter le thon. Pour les enfants, les quantités doivent être réduites et le thon ne devrait pas être consommé plusieurs fois par semaine.

En résumé, rendre le thon accessible, oui. Mais pas au prix du silence sur les tests. Avant d’inciter à consommer « au maximum », publiez les résultats de taux de mercure des marques concernées. L’accès à la protéine ne doit pas devenir un empoisonnement lent.