
Ajay Gunness va encore endetter notre pays à hauteur d’environ Rs 10 milliards.
Par Narain Jasodanand
Répondant à une question du député Nitish Sharma Beejan, le 2 juin, Ajay Gunness a justifié la construction de la nouvelle autoroute M4, sans toutefois citer l’Inde qui finance ce projet. Lorsque Joanna Bérenger lui a posé une question supplémentaire, lui demandant si une nouvelle étude de faisabilité serait entreprise car celle de 2012 ne tient pas en compte les problèmes économiques et démographiques actuels, le ministre des Infrastructures nationales a éludé la question. Il s’est mis à répéter ce qu’il avait déjà dit sur la « nécessité » de cette autoroute, et à parler de certificat d’Environmental Impact Assessment (EIA). Alors que la question avait trait à une étude de faisabilité.
Mais c’est surtout le fait que Gunness, dans cette réponse-ci, a remercié chaudement l’Inde en quatre occasions qui interpelle. Que le ministre n’ait pu faire la différence entre étude d’impact sur l’environnement et impact sur l’économie ou qu’il n’ait pas compris que notre population se réduit, on peut le comprendre. Mais pourquoi invoquer l’Inde ? Voulait-il faire comme Pravind Jugnauth et Bobby Hurreeram qui le faisaient à chaque fois qu’ils étaient interrogés sur des projets financés par les Indiens ?
Argument indien comme bouclier
Si Joanna Bérenger avait insisté sur sa question, le ministre serait-il allé jusqu’à l’accuser d’India Bashing comme sous le MSM ? Quoi qu’il en soit, il est clair qu’Ajay Gunness a appelé l’Inde à l’aide pour ne pas répondre aux questions embarrassantes. Tout en utilisant subtilement l’argument « indien » comme bouclier. Comme si l’implication de ce pays dans ce projet ne saurait souffrir d’aucune question ou doute.
Mais revenons au sujet de la question supplémentaire : notre pays a-t-il les moyens de s’embarquer dans un projet de Rs 10,4 milliards alors que le gouvernement appelle à se serrer la ceinture ? Comme le demandait Xavier-Luc Duval lorsqu’il était dans l’opposition, ces projets grandioses sont-ils nécessaires et urgents dans la situation actuelle ?
Selon nos informations, la majeure partie de ces Rs 10,4 milliards est sous forme de prêt, qu’il faudra rembourser avec intérêts et en dollars. De plus, le contrat de construction ira à un Indien. Sauf celui du consultant qui sera mauricien. On sait pourquoi…
Encore des dettes
Donc, encore des dettes, externes de surcroît. Dettes que Ramgoolam avait promis de réduire. Ce n’est pas tout. Il y a encore Rs 20 milliards de prêts à gaspiller dans des projets inutiles. Et encore Rs 47 milliards de dettes s’annoncent pour bientôt ‒ toujours avec l’Inde ‒ pour le projet d’Island Container Terminal.
Il semble bien que le projet d’Island Container Terminal va profiter… à Maersk et à Mediterranean Shipping Company Ltd (MSC), qui entreront dans le capital de Cargo Handling Corporation Ltd. Ce projet pharaonique profitera aussi aux constructeurs indiens. Avec la privatisation, toute augmentation éventuelle de business de transbordement profitera à Maersk et à MSC. On y perdra des revenus, des devises et possiblement des emplois. Et peut-être un peu de notre souveraineté, qui sait ?