Nandanee Soornack prepare-t-elle son retour au pays pour assurer l’avenir de son enfant, seule dynastie de Ramgoolam, selon elle ?
Par Jasvin Sok Appadu

Le retour de Navin Ramgoolam à la tête du pays semble avoir redonné des ailes à certaines figures autrefois éclaboussées par de graves allégations de blanchiment d’argent, de trafic d’influence et de corruption. Parmi elles, Nandanee Soornack, qui avait quitté précipitamment Maurice à la veille des élections générales de 2014, échappant ainsi aux enquêtes des autorités. Celle qui se présentait elle-même comme la maîtresse de Navin Ramgoolam dans un affidavit refait aujourd’hui surface.

Depuis la mi-mars, l’ancienne activiste du Parti travailliste se montre particulièrement active sur les réseaux sociaux. Convertie en auteure-compositrice ‒ avec l’aide de l’intelligence artificielle ‒ elle évoque régulièrement Maurice et son vécu. « VOX VERITAS. Le SILENCE n’est pas vide, il prépare la TEMPÊTE. J’ai commencé cette BATAILLE durant ce mois précis : entre l’OMBRE de mon ARRESTATION et la LUMIÈRE de la NAISSANCE de ma fille. Aujourd’hui, le SILENCE GRONDE. La BATAILLE continue. Ma chanson “SILENCE GRONDE” sort demain, jeudi 30 avril », écrit-elle en annonce d’une de ses chansons, sur Facebook, le 29 avril. Mais au-delà de ses créations, ce sont ses prises de parole qui retiennent l’attention.

« No one can stop me to land on my motherland if I want »

À un internaute lui rappelant l’épisode des valises emportées en catastrophe le 11 décembre 2014, juste avant les élections générales, Nandanee Soornack répond sans détour : « No one can stop me to land on my motherland if I want. » Une déclaration lourde de sens, compte tenu de son passé.

En avril 2015, elle avait été arrêtée par la police italienne à la suite d’un mandat d’arrêt international émis par les autorités mauriciennes. Aujourd’hui, elle évoque de « fausses allégations » qui auraient été montées pour ternir l’image du Premier ministre d’alors ‒ également en poste aujourd’hui. Elle affirme désormais avoir bâti son empire à la force de son travail, sans aucune protection. Une version qui contraste avec la mémoire collective.

Extradition rejetée

Ce changement de ton interpelle d’autant plus que lors de sa bataille judiciaire contre l’État mauricien devant la Cour de Bologne en 2015, elle soutenait ne pas pouvoir rentrer au pays en raison de risques de représailles politiques. Plus marquant encore, l’affidavit qu’elle avait juré en juin 2015 pour appuyer sa défense.

Dans ce document, elle reconnaissait être la maîtresse de Navin Ramgoolam et affirmait être la mère d’une petite fille qu’elle présentait comme « la seule dynastie » du leader travailliste. Elle soutenait également que cette situation l’exposait, elle et son enfant, à des persécutions politiques en cas de retour à Maurice.

Les juridictions italiennes, y compris en appel, avaient finalement rejeté la demande d’extradition de l’État mauricien, notamment en l’absence de traité entre les deux pays. Interrogé à l’époque, Navin Ramgoolam avait éludé la question avec une formule restée célèbre : « Tou zanfan mo zanfan. »

« Gagging Order » alors que la cour est fermée

Mais l’affaire Soornack remonte bien avant 2015. Dès la fin de 2012, des rumeurs persistantes circulaient sur ses liens avec le pouvoir. D’abord activiste du Parti travailliste, puis femme d’affaires influente, elle était perçue comme intouchable dans certains cercles.

La situation bascule lorsque la presse décide de publier des éléments troublants révélés notamment par Pravind Jugnauth dans sa déposition au Central Criminal Investigation Department. Le journal l’express annonce alors la publication de ce qui est qualifié « d’affairisme au plus haut niveau de l’État ».

Le 5 janvier 2013, coup de théâtre : Nandanee Soornack obtient, par l’intermédiaire de ses hommes de loi, un « gagging order » contre l’express et Le Mauricien. La décision, prononcée un samedi matin, empêche toute publication la concernant. L’affaire suscite une vive controverse, y compris à l’international.

Le 6 février 2013, le Senior Puisne Judge Eddy Balancy lève cette interdiction dans un jugement détaillé, réaffirmant le principe fondamental de la liberté de la presse. Il souligne notamment l’intérêt public entourant l’ascension fulgurante de Nandanee Soornack, passée d’une condition modeste à celle de femme d’affaires prospère en un temps record, sur fond de connexions politiques présumées.

« Ou kone kisann-la mwa? »

C’est également à cette période que le grand public découvre véritablement Nandanee Soornack. Lors d’un incident impliquant Yogida Sawmynaden, alors simple membre du Mouvement socialiste militant (MSM), ce dernier est arrêté après que son téléphone portable a été saisi ‒ non pas par la police, mais par Soornack elle-même. Sa maison est même perquisitionnée.

La raison : il avait pris en photo Soornack, vêtue de rouge, agissant comme agente pour le Parti travailliste. Selon plusieurs témoignages, elle aurait ordonné son arrestation avant de lui lancer : « Ou kone kisann-la mwa ? » Cette phrase marquera les esprits et propulsera son nom à la une des journaux.

La relation extra-conjugale entre Soornack et Ramgoolam révélée par Pravind Jugnauth…

Dans son jugement, Eddy Balancy revient également sur les déclarations de Pravind Jugnauth, qui avait évoqué dans sa déposition à la police l’existence d’une relation extra-conjugale entre Nandanee Soornack et un « high profile politician ». Il dénonçait également des interférences politiques dans l’allocation de contrats publics.

Le juge estime que ces éléments participent à un débat d’intérêt général et justifient leur publication, rejetant les arguments visant à les écarter. Il souligne que ces allégations ont été formulées publiquement et qu’elles alimentent légitimement le débat démocratique.

L’affaire Roches-Noires et les contrats Airway Coffee…

L’épisode du cambriolage du bungalow de Roches-Noires renforce les zones d’ombre. Contrairement à ses déclarations initiales, Navin Ramgoolam se trouvait bien sur les lieux au moment des faits, en compagnie de Nandanee Soornack. C’est Rakesh Gooljaury, proche collaborateur de l’époque, qui livre ces informations à la police.

Parallèlement, les activités commerciales de Soornack, notamment à travers Airway Coffee, soulèvent de nombreuses interrogations. Associée à Rakesh Gooljaury, elle aurait généré des profits considérables en peu de temps. Pourtant, l’entreprise affichait une dette de 60 millions de roupies auprès d’Airports of Mauritius Ltd au changement du gouvernement en 2015.

Une « erreur » qui pourrait ressurgir

Aujourd’hui, la question revient avec insistance : Nandanee Soornack prépare-t-elle réellement son retour ? Et si tel est le cas, les autorités mauriciennes feront-elles toute la lumière sur son enrichissement rapide, ou assistera-t-on à une relecture politique de ces affaires ?

Une autre interrogation, plus sensible encore, demeure : le Premier ministre actuel, qui avait reconnu par le passé que Nandanee Soornack avait été « une erreur », prendra-t-il le risque de voir resurgir un chapitre aussi controversé de sa carrière politique ?

Dans un pays où la mémoire collective reste vive, un éventuel retour de Nandanee Soornack, qui semble motivée à sortir du silence, ne passerait certainement pas inaperçu…