
Navin Ramgoolam n’a pas répondu correctement à la question de Joanna Bérenger sur la retraite, le 14 avril.
Par Narain Jasodanand
Joanna Bérenger a voulu savoir, le mardi 14 avril, si une étude d’impact avait été menée sur les effets du relèvement de l’âge d’éligibilité à la pension de vieillesse de 60 à 65 ans, dans le cadre du prochain budget.
Réponse de Navin Ramgoolam en guise d’introduction : «We were among the very few countries in the world, if not the only one, where the eligibility age for the BRP, a non-contributory pension, is lower than the normal retirement age, which has been 65 years since 2018. »
Si le Premier ministre a raison d’affirmer que la période de transition s’est terminée en 2018, il omet habilement de préciser que cette même transition a débuté en 2008 et que c’est lui qui avait fait passer l’âge de la retraite de 60 à 65 ans cette année-là.
Ce que Navin Ramgoolam ne dit pas non plus, c’est qu’après avoir décidé, en 2006, de porter l’âge de la retraite à 65 ans à partir de 2008, il avait lui-même accepté, à la suite des protestations publiques, de verser la Basic Retirement Pension (BRP) même à ceux qui continuaient de travailler après 60 ans. Avancer maintenant que Maurice est probablement le seul pays où l’âge de l’éligibilité à la BRP ‒ 60 ans ‒ est plus bas que celui de l’âge de la retraite – 65 ans ‒ sans reconnaitre qu’il en est le responsable, c’est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle.
Cependant, les trois grandes hausses du montant de la pension depuis 2000 ont eu lieu sous le Mouvement socialiste militant (MSM) : de Rs 3 623 à Rs 5 000 ‒ soit Rs 1 377, ou 38 %, en 2015 ‒ et de Rs 6 210 à Rs 9 000 ‒ soit Rs 2 790, ou 45 %, en 2020. Mais c’est la hausse de Rs 4 500, faisant passer la pension de Rs 9 000 en 2021 à Rs 13 500 en 2024 ‒ soit 50 % en trois ans ‒ qui a été la plus significative. (Il y avait également eu une hausse sensible de 15 % sous les travaillistes en 2005.) Cela, alors que la hausse annuelle moyenne en dehors de ces trois augmentations exceptionnelles tourne autour de 6 % entre 2000 et 2024. […]
1 583 % de hausse en 24 ans
Cette hausse de la BRP a alourdi le montant total déboursé : de Rs 2,4 milliards en 2000 à Rs 41,8 milliards en 2024. Une augmentation de Rs 39 milliards ou de 1 583 % !
Il est vrai qu’en même temps, le nombre de retraités a augmenté constamment, passant de 113 131 en 2000 à 269 887 en 2024, soit une hausse de 138 % en 24 ans. Mais cela, tout le monde le savait et l’on ne pouvait rien y faire. […] Le nombre de retraités a augmenté annuellement de 4,8 % en moyenne entre 2006 et 2024. Sauf en 2015, où l’on note une hausse de 6,8 %. […]
Autrement dit, si c’est le Parti travailliste (PTr) qui a commis le péché originel en 2008 en maintenant le paiement de la BRP à ceux qui ont continué de travailler entre 60 et 65 ans, c’est le MSM qui aggravé la situation en l’élevant fortement en 2015, 2020 puis entre 2021 et 2024. De plus, le MSM n’a pas voulu prendre la décision de revoir l’éligibilité de la BRP aux 60-65 ans en 2019. Ce qu’a fait le PTr/Mouvement militant mauricien (MMM) en 2025 ‒ mais en l’appliquant à tous, riches et pauvres ‒ deuxième erreur.
Si le MSM a utilisé la pension pour gagner les élections de 2014, l’alliance PTr/MMM n’a pas surenchéri. Mais en 2019, le PTr a promis une hausse à Rs 10 000 alors que le MSM a annoncé et donné
Rs 13 500. Le MMM, qui se présentait seul en 2019, a juste promis d’aligner la BRP sur le salaire minimum, soit Rs 9 000 à l’époque.
En 2022, le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, parlant au nom du Parti mauricien social-démocrate (PMSD), du PTr et probablement du MMM, avait demandé que la BRP passe de Rs 9 000 à Rs 11 000 dans le budget 2022-2023.
Surenchère fatale
Comme on le voit, le PTr (et le PMSD) ainsi que le MSM se sont lancés depuis 2019 dans la surenchère concernant la BRP. Si le même Navin Ramgoolam justifie désormais l’extension de l’âge d’éligibilité à la BRP à 65 ans en blâmant le MSM, il a tort : il a lui aussi participé à la surenchère électorale et a maintenu l’âge d’éligibilité à 60 ans, alors même qu’il avait relevé ‒ certes progressivement ‒ l’âge de la retraite de 60 à 65 ans.
En fait, pour être en mesure de répondre à la question de Joanna Bérenger, il aurait fallu que Ramgoolam démontre, entre autres données, combien de retraités qui travaillaient après 60 ans entre 2008 et 2024 ont touché la BRP. Ce qu’il n’a pas fait. Et que personne n’a fait. Scoop.mu tentera d’y remédier dans un prochain article.