Xavier Duval a été très dur envers Ramgoolam et Paul Bérenger concernant le deal Chagos.

Par Narain Jasodanand

Comme à son habitude, Xavier-Luc Duval (XLD), le leader du Parti mauricien social-démocrate (PMSD) a été clair, succinct et direct lors de sa conférence de presse d’aujourd’hui, 26 septembre. Il a surtout parlé du National Crime Agency (NCA) Bill qu’il a condamné pour plusieurs raisons.

Plusieurs blindées et 75 gardes du corps

Le coût d’abord : plus de Rs 1 milliard par an, a-t-il déclaré, alors que le budget de la Financial Crimes Commission (FCC) était de Rs 500 milliosn par an. Cela, a-t-il ajouté, alors que c’était la situation du Law and Order qui avait besoin de ressources. « C’est la délinquance quotidienne qui affecte la vie des Mauriciens. Mais la NCA ne s’en occupera pas. » Tout en soulignant que, par exemple, le président de la République est entouré de plusieurs soldats de la Special Mobile Force et de gardes du corps. « Le Premier ministre, lui, a besoin de plusieurs voitures blindées – il semble qu’il y en a ou il y en aura plusieurs du même type acheté à Rs 31 milliions – et 75 gardes du corps. »

Pour combattre à sa source la corruption, dont s’occupera principalement la NCA, dit XLD, il nous faut plutôt de la transparence, de la redevabilité et la tant promise Freedom of Information Act. Prenant l’exemple de la vente de 40 % des actions de la Cargo Handling Corporation Ltd à Maersk et Mediterranean Shipping Company, il se demande s’il y a eu au préalable une étude pour savoir quelles en seront les conditions, comme la part de profitabilité qui ira à ses nouveaux actionnaires, et l’avenir des employés. Il a aussi parlé du projet pharaonique d’Island Container Terminal au coût de Rs 47 milliards, drapé d’« opacité ».

Le leader du PMSD a aussi déploré le fait que la réforme ne s’occupera pas du plus grand fléau du pays, la drogue, qui demeurera sous la responsabilité de la police, de même que tous les autres crimes et délits. « Les moyens de la force policière sont les mêmes mais les agents de la NCA seront dans le grand luxe, avec voitures, salles climatisées, promotions décidées par eux-mêmes. Ils ne tomberont ni sous le Pay Research Bureau ni sous la Public Service Commision ou la Disciplined Forces Service Commission. Les policiers deviendront les children of a lesser God. » Ce qui, selon lui, provoquera de la frustration. Les agents de la NCA seront gâtés, nous dira-t-il peu après, en retour des services qu’ils rendront aux ministres.

XLD s’est appesanti sur la nomination du tout-puissant directeur général (DG) de la NCA, DG qu’il sera presque impossible de limoger même « si li pe fane… Vu les pouvoirs dont jouirait ce DG, il était encore plus nécessaire qu’il soit nommé par un comité tel que le Constitutional Appointment Committee qui n’est jamais venu et que la NCA soit supervisée par un comité parlementaire. Pourquoi a-t-on aboli le comité parlementaire ? »

Xavier Duval rappelle que pendant ses 13 années de carrière politique, jamais il n’a vu un président de la République faire une nomination de son propre gré. Quant aux consultations avec le leader de l’opposition, « durant mes six ans à ce poste, jamais mon avis n’a pesé ».

Et en attendant que le bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) soit saisi d’un dossier, a-t-il déclaré, certaines enquêtes de la NCA peuvent traîner en longueur, comme celles de la FCC. C’est pourquoi il préconise une disposition légale permettant au DPP de prendre connaissance de toutes les enquêtes qui dépassent un an.

NCA aux grandes oreilles et aux gros yeux

Venant à la surveillance incluse dans le NCA Bill, XLD réitère la demande faite par Adrien Duval d’un organisme de contrôle. « Qui nous dit que les agents de la NCA ou autres ne surveilleront pas les citoyens après et en dehors du Judge’s Order ? C’est ici qu’il nous fallait des experts étrangers pour veiller à cela. Et même si un agent est reconnu coupable de surveillance illégale, il n’aura qu’à payer une amende. Mais qui le saura ? » En tout cas, a-t-il expliqué, la surveillance annoncée prouve que les équipements n’ont jamais été démantelés.

Ce qu’il juge encore plus inacceptable dans le projet de loi, c’est qu’un mandat signé par le DG de la NCA suffira pour perquisitionner une maison, alors qu’auparavant, l’autorisation d’un juge ou d’un magistrat était requise.

Plus troublant, XLD se demande pourquoi la Banking Act avait été amendée lors du budget 2026 pour permettre à la FCC de consulter des comptes en banque, pour ensuite rétablir la confidentialité bancaire dans le NCA Bill. « Quels comptes ont été fouillés pendant ces quelques mois ? »

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Chagos : torts partagés avec… Paul Bérenger

XLD a abordé brièvement l’affaire des Chagos. « Par arrogance, le gouvernement a cru pouvoir défier les Anglais et les Américains. Et voilà le résultat. » Tout en soulignant que c’est surtout grâce à feu Anerood Jugnauth que nous avons pu arriver à une conclusion d’une bataille historique de 50 ans. « Non seulement nous allions retrouver notre souveraineté sur les Chagos, mais aussi Rs 10 milliards par an pendant 99 ans. Or, le gouvernement de Ramgoolam a voulu embarrasser le PM britannique de l’époque Keir Starmer en réclamant de l’argent additionnel et en remplaçant l’avocat Jeffrey Robertson dans cette affaire. »

Même si Trump quitte la présidence des Etats-Unis dans deux ans, a-t-il prévenu, les travaillistes britanniques risquent, eux, d’être remplacés par les conservateurs et aussi Nigel Farage, qui sont tous deux hostiles au deal Chagos. Tout en soulignant que cette attitude de Navin Ramgoolam, qui a causé la mort du deal Chagos, était parfaitement soutenue et encouragée par Paul Bérenger. « Ces deux personnes devront répondre un jour du mal qu’ils ont fait au pays. »

À noter qu’à une question à ce sujet aujourd’hui même, Paul Bérenger n’a pas voulu nommer celui ou ceux au gouvernement mauricien qui ont atermoyé entre novembre 2024 et mai 2025. « Nou tourn enn paz lor la. Initil nou plore… »