
Douze employés de la SBM risquent leur job à cause d’Anil Kumar Dip et ses acolytes.
Par Narain Jasodanand
On savait que le Reward Money a été payé à partir du compte du commissaire de police (CP) à la State Bank of Mauritius (SBM). Ce que l’on ne savait pas, c’est le modus operandi.
Après le virement des Rs 213 millions par le bureau de l’Accountant General sur le compte du CP, l’ex-titulaire de ce poste, Anil Kumar Dip, a transféré par virement bancaire Rs 178 millions sur le compte de Dunraz Gangadin et Rs 35 millions sur celui de Rajcoomar Seewoo. Gangadin a transféré par la suite Rs 81 millions sur le compte de Yeshdeo Seeboruth. Les trois comptes étaient détenus à la SBM.
Les retraits suspects en liquide avaient commencé en 2022. Entre le 2 mai 2022 et le 17 octobre 2024, Gangadin a effectué 15 retraits de Rs 500 000 millions chacun. La limite selon la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA) est de Rs 500 000 par jour. Cependant, la limite de la SBM est de Rs 350 000 et l’on ne comprend pas pourquoi Gangadin a été autorisé à procéder à des retraits de plus de Rs 350 000.
Indics ou politiciens ?
En septembre 2024, l’ex-CP Anil Kumar Dip signe et adresse une lettre à la SBM demandant l’autorisation de retraits en cash d’un million par jour. Cela, dit-il, parce qu’il y a beaucoup d’informateurs à récompenser. On était à la veille des législatives…
Scoop.mu a expliqué, le 2 mai, comment cette lettre a fait son chemin jusqu’au responsable des Corporate Accounts. Celui-ci n’a pas voulu approuver mais a demandé que le département Compliance le fasse.
Nous apprenons maintenant que la responsable de la Compliance a juste émis une directive générale que les chefs des succursales concernées ont interprétée comme autorisant les paiements.
C’est ainsi que Gangadin procèdera à 84 retraits d’un million chacun. Il a fait en tout 241 retraits en liquide jusqu’à ce que les Rs 97 millions soient épuisées.
De son côté, Rajcoomar Seewoo a lui-aussi retiré les Rs 35 millions vite fait, à travers des retraits d’un million par jour, en l’espace d’un peu plus d’un mois.
Ordres de Premchand Mungur
Ces retraits répétés, même ceux de Rs 500 000, ne semblent pas avoir interpellé les employés de la SBM. Cependant, le responsable des Corporate Accounts affirme qu’il a alerté le Chief Executive Officer (CEO) de l’époque, Premchand Mungur. Mais il l’aurait fait non par écrit mais oralement. Le CEO lui aurait répondu de laisser faire. Interrogé, en octobre 2025, Premchand Mungur a nié, d’autant plus qu’il n’a rien signé non plus. Seule une cour de justice pourra déterminer qui dit vrai.
Au final, le sort de ces 12 employés suspendus dépendrait de la parole du responsable des Corporate Accounts contre celle de Mungur. Or, celui-ci a déjà été congédié. Cependant, il semble qu’il ait déjà donné sa version des faits sur cette affaire avant son licenciement, qui était basé sur sa mauvaise performance.
Mais tout cela ne serait pas arrivé si les Anil Kumar Dip, Dunraz Gangadin, Yeshdeo Seeboruth, Rajcoomar Seewoo, Yusuf Ali Hossen et autres Ashik Jagai n’avaient pas décidé de détourner les fonds publics, sous prétexte de la lutte contre le narcotrafic. Et il semble que non seulement ils faisaient semblant de lutter contre le trafic de drogue, mais qu’ils auraient aussi été activement engagés aux côtés des trafiquants, à l’instar de Jean-Hubert Célerine, dit Franklin. On soupçonne maintenant que l’argent a en fait atterri dans les poches de certains policiers et politiciens.
Ces flics, dont certains sont suspendus mais perçoivent toujours leur salaire, n’ont été inquiétés que pour le délit de blanchiment d’argent, pas pour trafic de drogue. Ils ne risquent que des amendes. Alors que ces employés de la SBM risquent de perdre leur emploi.
Cependant, il pourrait bien y avoir eu négligence de la part de certains employés de la SBM. Mais, comme déjà évoqué, ils auraient agi dans la crainte de représailles venant non seulement de la direction de la banque mais aussi des autorités de l’époque.