
Somduth Soborun, condamné par une cour fédérale américaine dans une affaire liée au respect des droits du travail, se retrouve appelé à siéger au sein d’une institution dont la mission est précisément de promouvoir l’égalité des chances, avec la bénédiction du président de la République.
Par Jasvin Sok Appadu
La méritocratie promise pendant la campagne électorale semble avoir pris un drôle de chemin. Après les nominations qui alimentent déjà les interrogations, un autre nom vient s’ajouter à la liste : celui de Somduth Soborun, ancien ambassadeur de Maurice aux États-Unis, condamné par une cour fédérale américaine en 2012 dans une affaire liée au non-respect des droits du travail envers sa domestique. Il vient d’être nommé membre de l’Equal Opportunities Commission (EOC).
S’il y a un domaine dans lequel le gouvernement fait exactement le contraire de ce qu’il avait promis durant la campagne électorale, c’est bien en matière de nominations. Et surtout de méthode. Qui ne se souvient pas de cet Appointments Committee promis par nul autre que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, lui-même ? Durant la campagne, le message était clair : fini le népotisme, place à la méritocratie.
Le chef du gouvernement, alors dans l’opposition, avait martelé cette promesse. Les nominations devaient désormais répondre à des critères de compétence, d’expérience et de mérite, loin des petits arrangements politiques et des réseaux de proximité. Mais depuis son retour au pouvoir, certaines nominations donnent une tout autre impression.
Après les Rama Sithanen, Sam Lauthan ou encore Rundheersing Bheenick, nous avons eu droit la semaine dernière à la nomination de Lucien Finette, qui, à l’âge de 78 ans, deviendra le nouvel ambassadeur de Maurice à Berlin. Une nomination qui a déjà fait réagir. Mais pendant que les regards se tournent vers l’Allemagne, d’autres nominations controversées passent presque inaperçues.
Dernier exemple en date : Somduth Soborun, ancien ambassadeur de Maurice aux États-Unis, nommé membre de l’Equal Opportunities Commission (EOC).
Condamné par la cour fédérale américaine en 2012
Pourtant, la cour fédérale américaine avait condamné Somduth Soborun pour non-respect des droits du travail de sa femme de ménage de l’époque, une ressortissante philippine. Au cœur de l’affaire : le salaire qui lui était versé à moitié.
Le contrat signé avec cette employée prévoyait une rémunération de 7,25 dollars par heure, correspondant au salaire minimum en vigueur à l’époque aux États-Unis. Mais, selon les éléments de l’affaire, Soborun ne lui aurait payé que 3,57 dollars par heure, soit environ 1 000 dollars par mois pour six jours de travail.
Après le verdict de la justice américaine, Somduth Soborun avait dû payer une amende de 5 000 dollars, ainsi que des dédommagements de l’ordre de 24 000 dollars à la femme de ménage. Une condamnation qui, dans beaucoup d’autres circonstances, aurait probablement suscité quelques questions sur le maintien d’un diplomate à son poste. Mais pas à Maurice.
Pas rappelé… mais récompensé ?
Car malgré cette condamnation, Somduth Soborun n’avait pas été rappelé de son poste d’ambassadeur. Au contraire. Il avait poursuivi sa mission jusqu’à la fin de son mandat, avec la bénédiction du Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam !
Douze ans plus tard, le voilà donc de retour, non pas comme ambassadeur, mais comme membre de l’Equal Opportunities Commission, pour une période de quatre ans.
Une nomination faite sur avis du Premier ministre et avalisée, il y a quelques jours, par le président de la République, Dharam Gokhool. Le hasard des nominations fait parfois bien les choses.
Car il faut tout de même relever le symbole : une personne condamnée par une cour fédérale américaine dans une affaire liée au respect des droits du travail qui se retrouve aujourd’hui appelée à siéger au sein d’une institution dont la mission est précisément de promouvoir l’égalité des chances.
Évidemment, la condamnation remonte à 2012. Somduth Soborun a payé l’amende et les compensations imposées par la justice américaine. Mais la question demeure : cette condamnation a-t-elle été prise en considération au moment de sa nomination à l’EOC ? Et surtout : est-ce vraiment le profil que l’on attend d’un membre d’une institution chargée de défendre l’égalité des chances ?
Quand on est proche du pouvoir…
Lorsqu’on regarde certaines nominations, une autre question finit par s’imposer : qui décide finalement ?
Parce que dans le cas de Somduth Soborun, le parcours pose au minimum des questions légitimes. Condamné aux États-Unis en 2012 alors qu’il était ambassadeur. Pas rappelé. Mandat poursuivi jusqu’à son terme.
Et aujourd’hui, nommé à l’EOC sur avis du Premier ministre qui était déjà aux commandes à l’époque de sa condamnation. Il ne manquerait plus qu’on nous explique que tout cela est la définition même de la méritocratie.
Le comble : l’Equal Opportunities Commission défend précisément l’égalité des chances, y compris dans les nominations !
Si l’on devait résumer cette nouvelle méthode en une seule phrase, ce serait peut-être celle-ci : fini le népotisme, place à la méritocratie… à condition, bien sûr, d’être un très bon ami ou très proche de Navin Ramgoolam.