Chaises et parterre vides. La pire fête d’anniversaire du MMM.

Par Narain Jasodanand

Pour la première fois depuis la création du Mouvement militant mauricien (MMM) en 1969, son anniversaire a été célébré sans Paul Bérenger. Celui-ci, on le sait, a quitté, avec Joanna Bérenger et Chetan Baboolall, le MMM en avril 2026, après la scission du parti. Et au lieu de se battre légalement pour récupérer le symbole et le nom du parti, ils avaient décidé de fonder le Fron Militan Progresis (FMP).

Ce sont les 15 élus du MMM, communément appelés la Bande des Quinze, qui ont repris le parti après avoir accepté de demeurer dans le gouvernement de Navin Ramgoolam. Ils sont dix ministres et junior ministers, un Deputy Speaker et quatre backbenchers.

Le leader du MMM new-look n’a pas encore été désigné. En attendant, il semble que Reza Uteem soit le « chef », après que Rajesh Bhagwan a tenté sans succès de prendre la tête du parti. Ses difficultés à maîtriser certains dossiers et son problème de communication ont vite fait de le repousser à l’arrière-plan.

Au congrès-anniversaire organisé ce matin à l’Auditorium Octave Wiehe à Réduit, ce n’était pas la liesse des précédents anniversaires et encore moins la foule. À l’intérieur, beaucoup de chaises vides (voir photos) et une large allée de circulation, ce qui aura réduit le nombre de chaises par deux. Il n’y avait pas plus de 300 personnes. Ce qui n’a pas empêché Aadil Ameer Meea, voire l’a poussé, à présenter ses excuses à « ceux qui n’ont pu trouver place à l’intérieur ».

Histoire sans Paul

Lorsque Scoop.mu s’y est rendu à 11 heures, on a pu constater peu d’enthousiasme de la part de l’assistance. On ne sait pas si c’était parce que Jyoti Jeetun lisait un discours digne d’elle-même, plat et morne. Sa phrase qui a retenu notre attention : « Un parti n’appartient pas à une seule personne et certainement pas au leader… » Elle faisait bien sûr référence à Paul Bérenger. Et à Navin Ramgoolam aussi ?

Les autres orateurs sont invariablement revenus sur l’histoire du MMM – anniversaire oblige ‒ insistant sur les précédentes cassures, qu’ils ont sévèrement condamnées 20 ou 25 ans après, et qu’ils mettent sur le dos d’un seul homme, Paul Bérenger, qu’ils appellent désormais Misie-la.

Les 57 ans d’histoire du MMM ont été ainsi réécrits ce matin à Réduit, cela, on le devine, parce que ces anciens compagnons de Paul Bérenger ont choisi de rester au pouvoir. Leur principal justificatif ? Leur devoir envers les militants et les instances régionales.

Curieusement, aucun orateur n’a parlé et encore moins défendu les ministres, junior ministers et autres conseillers impliqués récemment dans des scandales. Est-ce parce que plusieurs mauves sont aussi concernés ?

Extérieur calme

Dans la cour de l’auditorium, à 11 heures, beaucoup de parkings étaient disponibles. Et contrairement à ce qu’a déclaré Aadil Ameer Meea, pratiquement personne ne voulait être à l’intérieur, les rares « militants » préférant manifestement prendre l’air que de subir les péroraisons à l’intérieur.

Côté ambiance, la chanson Solda Lalit de Siven Chinien n’a étonnamment pas résonné. Est-ce parce qu’une phrase en particulier, « dan lalit pena rekonpans », dérangeait ? Ils auraient pu omettre une lettre, comme l’avait malencontreusement fait Jasmine Toulouse en 2019, qui avait scandé « dan lalit ena rekonpans ».

Un vieux militant que nous avons rencontré en chemin nous dit son incompréhension devant les attaques dirigées contre Paul Bérenger. « Je me demande pourquoi ils prennent cette attitude. Plus ils tapent sur Paul, plus ils se feront taper dessus. Ils ont voulu rester au gouvernement, eh bien qu’ils y restent, tout en respectant la décision des Bérenger et de Baboolall ! »