Par Narain Jasodanand

Les 381 031 actions à la MCB du conseiller économique embarrassent…

Si vous voulez avoir une preuve vivante que le secteur privé exerce trop d’influence sur le gouvernement, comme le dénonce Ashok Subron, c’est bien la présence de Gilbert Gnany aux côtés de Navin Ramgoolam.

C’est après la PNQ de Joe Lesjongard, le 31 mars, et la liste déposée par le Premier ministre, que la polémique, qui existait déjà, a enflé concernant le Chief Economic Advisor Gilbert Gnany.

Cet économiste, au CV impressionnant, bardé de diplômes ‒contrairement à certains au Prime Minister’s Office (PMO) ‒ était, jusqu’en mars 2024, l’économiste en chef et patron du groupe Stratégie, Recherche & Développement à la MCB.

Le rapport MCB Focus, publié sous sa direction, en mars 2023, et qui avait prévu une croissance de 5 % de l’économie mauricienne, n’avait pas plu au régime MSM qui tablait, lui, sur plus de 5 %. Le gouvernement de Pravind Jugnauth en était tellement agacé qu’il l’avait fait savoir à la MCB, qui avait décidé de ne plus publier le rapport.

Gilbert Gnany quitte la MCB en mars 2024. Discrètement. Entre avril et novembre 2024, il est Strategic Advisor in Economics and Finance en freelance, d’après son compte Linkedin.

Le même mois, il prend ses fonctions comme conseiller économique de Navin Ramgoolam. Doit-on rappeler que ce dernier est Premier ministre et ministre des Finances ?

Pension et président

Même s’il est attaché au bureau du Premier ministre, Gilbert Gnany est beaucoup plus actif aux Finances et plus particulièrement aux côtés du Junior Minister Dhaneshwar Damry. On les a d’ailleurs vus ensemble chez le président de la République, Dharam Gokhool, en mai 2025, lors d’une visite au cours de laquelle ils ont discuté du Budget 2025, avec au menu la suppression de la pension aux 60-65 ans.

Auparavant, Xavier-Luc Duval, lorsqu’il était ministre des Finances entre 2011 et 2014, l’avait nommé chairman de Statistics Mauritius. Gilbert Gnany a démissionné de ce poste, qu’il occupait pendant qu’il était employé à la MCB, en juillet 2021.

Certains ont regretté son départ du bureau des statistiques. Ce serait probablement après son départ que les chiffres auraient été manipulés. Si manipulation il y a eu, comme le clame Navin Ramgoolam aujourd’hui.

Rs 156 millions au chaud

Juste après le changement de gouvernement de novembre 2024, Gibert Gnany était sur le point d’intégrer la Banque de Maurice comme First Deputy Governor de Rama Sithanen. Si les articles 14,15 et 22 de la BoM Act n’interdisent pas explicitement l’emploi comme FDG de quelqu’un qui possède de gros intérêts à la MCB, le fait que toute décision de la Banque centrale pourrait concerner directement ou indirectement la plus grosse banque de l’île aurait fermé les portes de la BoM à Gnany.

Cependant, Navin Ramgoolam, lui, n’a pas fait grand cas des 381 031 actions de Gilbert Gnany à la MCB, d’une valeur d’environ Rs 156 millions et qui lui rapportent Rs 9 millions annuellement. Il l’a pris comme conseiller économique.

Nous avons demandé à Gilbert Gnany s’il possède toujours ces actions à la MCB. Mais il a choisi de garder le silence. Selon nos recherches, il les détiendrait toujours.

L’épouvantail Moody’s

La question qui se pose : est-ce lui qui est à l’origine de l’argument de la menace de la baisse de notre notation, par Moody’s notamment ? Est-ce lui qui a poussé le gouvernement à prendre les mesures d’austérité, dont la suppression de la pension de retraite aux 60-65 ans ?

Selon un banquier, une dégradation souveraine de Maurice n’aurait pas affecté directement l’économie mauricienne puisque, premièrement, elle est déjà en mauvaise posture mais aussi et surtout parce que notre pays n’emprunte pas sur les places financières internationales. Nous le faisons majoritairement auprès d’États étrangers ou d’institutions internationales comme la Banque Africaine de Développement. Les emprunts en roupies sur le marché local ne concernent pas Moody’s.

En revanche, dit notre interlocuteur, une baisse de notre notation par Moody’s exercera une pression directe sur la notation de MCB Group, qui détient l’une des très rares notes investment-grade de Moody’s en Afrique subsaharienne. « Cette notation est au cœur du modèle de la banque ‒ elle détermine le coût auquel MCB emprunte des devises étrangères sur les marchés internationaux pour prêter à travers l’Afrique. La perdre, c’est voir les marges se comprimer, les profits baisser, et les dividendes de Gilbert Gnany diminuer avec eux. »

Un Chief Economic Adviser qui perçoit des dividendes de Rs 9 millions de la MCB ne se soucierait-il pas plus de la notation de la MCB que des Mauriciens lambda ? s’interroge le banquier.

Il est d’avis que tout conseiller détenant une participation dans une institution dont la santé dépend des politiques qu’il façonne devrait la céder intégralement avant d’entrer en fonctions. « C’est la règle aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France. »