
Le privé exploite la majorité de l’eau des forages, avec la bénédiction de Lomush Juggoo.
Par Narain Jasodanand
Réponse du ministre de l’Energie et des Services publics, Patrick Assirvaden, à la question de Joanna Bérenger du 20 octobre 2026 : le pays compte 393 forages pour le privé, 29 pour la population.
En effet, 393 sont opérés par le secteur privé alors que 29 seulement le sont par la Central Water Authority (CWA) et la Water Resources Commission (WRC) ! Soit 93 % contre 7 % pour nous, pauvres consommateurs. Il semble que la liste inclue les boreholes qui viennent de commencer à être exploités, fin octobre 2026.
De plus, le privé a abandonné 113 forages, a ajouté dans sa réponse écrite Patrick Assirvaden. Beaucoup sont des usines qui ont fermé. Mais la plupart étaient jadis exploités pour l’agriculture par des planteurs ou de gros établissements comme Alteo, qui ont tous sans doute abandonné des champs de canne ou de légumes. On se demande pourquoi la WRC et la CWA ne les réquisitionnent pas.
Le ministre ne précise pas combien d’eau apporte chacun de ces forages. Selon Statistics Mauritius, en 2025, les nappes phréatiques, d’où l’eau est puisée par des boreholes, ont apporté en tout 146 Mm3 (44 %), les rivières 73 Mm3 (22 %) et les réservoirs (barrages) 113 Mm3 (34 %). Les eaux souterraines nous apportent donc le plus d’eau.
Le problème, c’est que ces chiffres représentent l’eau utilisée par les ménages (domestic), l’industrie et le secteur touristique. Le bureau des statistiques n’est pas en mesure de nous dire combien d’eau est utilisée par les ménages, combien par les usines et combien par les hôtels séparément. Renseignement pris, c’est la WRC qui ne donne pas ces détails, pourtant cruciaux. Contactée, cette dernière n’est pas revenue vers nous.
Immobilier et centres commerciaux bien servis
Nous publions une partie de la liste des boreholes exploités par et pour le privé. Si l’on peut comprendre que le secteur agricole et même les usines aient accès à l’eau des forages, qu’en est-il des autres secteurs ?
La liste ne divise les utilisateurs qu’en « agricultural », « non-domestic », « production of drinks » et « desalination. » N’est pas précisé le secteur d’activité exact des « non-domestic ». Nous basant sur les informations disponibles au public, une bonne partie serait des projets immobiliers. Comme Arthur et Morgane Ltd (Avalon Golf Estate) qui exploite… neuf boreholes à Bois-Chéri, dont trois ont été abandonnés, on ne sait pourquoi. Les sources ont tari ou il y avait trop de forages ?
Les centres commerciaux ne sont pas en reste, avec Ascencia Ltd qui détient deux boreholes. Les élevages de singes exploitent aussi les forages, comme Bioculture (Mtius) Ltd. Et les compagnies de construction telle que Square Deal ou les concasseuses telles United Basalt Products Ltd, Eastern Stone Crusher Ltd, Betonix Ltd qui, ont le sait, utilisent beaucoup d’eau. Même l’importateur de véhicules ABC Motors Co. Ltd utilise l’eau de borehole.
Agria, qui semble également faire de l’immobilier, opère quatre forages. La compagnie Medine en exploite cinq pour l’agriculture, mais aussi pour d’autres activités, probablement pour sa Smart City, de même qu’Evolis Properties Ltd appartenant au Groupe CIEL. Tout comme pour Medine, on ne sait pas si Omicane, qui exploite cinq boreholes, dont un dont le permis a été reçu en 2026, le fait pour l’agriculture ou d’autres projets immobiliers.
À noter que le secteur agricole a aussi utilisé, en 2025, selon Statistics Mauritius, 224 Mm3 d’eau de rivière et 50 Mm3 d’eau de nos réservoirs.
Eau de forage en eau minérale
Bien sûr, il y a les embouteilleurs comme Phoenix Beverages Ltd ou Quality Beverages Ltd qui font leur beurre – pardon leurs boissons gazeuses – en utilisant l’eau des boreholes. Elles la transforment surtout en eau minérale qu’elles vous revendent dans des bouteilles en plastique hautement polluantes.
Mais pourquoi la quantité d’eau produite par chaque forage n’a-t-elle pas été communiquée par Patrick Assirvaden, ni par la CWA, ni par la WRC de Lomush Juggoo, qui n’a pas voulu nous donner quelques autres détails cruciaux ? Que nous cache-t-on ?