Le « seawall » de cet hôtel à Mont-Choisy provoque l’érosion sur la plage.
Par Narain Jasodanand
Certains hôtels, bungalows et appartements sur le littoral qui veulent se protéger contre l’érosion côtière érigent volontiers des seawalls, parfois hauts de plus deux mètres.
Or, si ces murs arrêtent l’érosion à l’intérieur de leur enceinte, ils sont en train d’aggraver et de hâter l’érosion entre le mur et la mer, sur la plage publique. Ce faisant, non seulement le passage public devient difficile, voire impossible à marée haute, mais le pays perd ses plages. C’est pour ces raisons que l’érection de seawall requiert un certificat d’Environment Impact Assessment (EIA).
Cependant, l’Environment Act 2024 a repris une dérogation de la loi de 2002, dans son 6e Schedule, sous l’item 35, qui prévoit que « for urgent rehabilitation works […] adverse weather conditions » ces murs peuvent être autorisés par le ministre de l’Environnement et ne requièrent pas de certificat EIA.
Ainsi, ce genre de mur construit après un cyclone, un raz de marée etc. pourrait être approuvé par le ministre de l’Environnement. L’ex-ministre Kavy Ramano a utilisé cette disposition pour autoriser le banquier Ravin Dajee à (re)construire son mur. Cela, bien qu’il existe une confusion entre reconstruction et réhabilitation. Nos législateurs ne devraient-ils pas clarifier le mot « réhabiliter » ?
Bhagwan aussi
Le nouveau ministre de l’Environnement, Rajesh Bhagwan, a lui aussi approuvé, en avril 2026, la construction d’un mur en béton armé que l’hôtel Le Palmiste Resort & Spa a dressé sur la plage de Mont-Choisy. Cela, juste après le départ de Joanna Bérenger du gouvernement, qui en avait rejeté la demande en février 2026.
Le mur est supposé être perméable, contenant plusieurs petits trous qui empêcheraient érosion. Or, comme on le voit sur la photo, l’érosion a déjà commencé son œuvre entre le mur et la mer. Cette supposée perméabilité sert en fait à évacuer l’eau se trouvant à l’intérieur de la cour de l’hôtel, pas à protéger la plage contre l’érosion, nous explique un ingénieur.
Le ministre Rajesh Bhagwan a également accordé sa bienveillante approbation non pour un mais pour deux seawalls à Palmar, devant l’hôtel Ambre, géré par le groupe Sunlife, anciennement Sun Resorts. Encore une fois, il l’a fait après le départ de Joanna Bérenger, en avril 2026.
Une astuce a été utilisée pour « arracher » l’aval du State Law Office (SLO), aval sur lequel s’est reposé l’Environnement. Ainsi, par une logique difficile à suivre, le ministère a offert deux options au SLO : soit approuver les 120 m de mur plus 180 m d’un autre mur illégalement érigé par l’hôtel en 2022 après le passage du cyclone Batsirai. Soit poursuivre Ambre pour avoir construit les 180 m de mur sans permis mais, a souligné le ministère, pour cela, Ambre s’en sortirait en payant une amende.
Un mur qui protège contre l’érosion ?
Le ministère n’a pas donné pas au SLO le montant de l’amende qui allait rentrer dans les caisses de l’État. Ni l’avantage qu’apporterait à l’environnement la démolition du mur. Au contraire, il a argue que la démolition du mur « may not be a viable option as it would worsen erosion at the site ».
Autrement dit, le ministère vient de dire au SLO (et à Ambre) que le mur est pour le bien de l’environnement. Le ministère s’est mis manifestement dans les souliers de l’hôtelier qui ne veut pas voir une partie de son terrain se perdre dans l’érosion. Même si cela provoquera une plus forte érosion de la plage en dehors du mur.
Pourtant, le ministère de l’Économie bleue de l’époque affirmait que « illegal construction on the high water mark was leading to severe beach erosion and consequently sedimentation in the lagoon ».
Le SLO n’a donc pas eu d’autre choix que de recommander l’option 1 : approuver la construction de 120 m plus 180 m en reprenant l’argument du ministère. Tout en soulignant qu’il est arrivé à cette conclusion après que le ministère de l’Environnement ‒ celui de Ramano et celui de Bhagwan ‒ n’a pas sévi contre Ambre depuis la construction du mur de 180 m, en 2022.
De plus, dit le SLO, c’est le ministère de l’Environnement lui-même qui avait conseillé à Ambre de faire la demande d’EIA pour les 120 m et 180 m ensemble, créant ainsi une attente légitime de la part de l’hôtel. Enfin, le SLO signale que de tels travaux ont été autorisés dans le voisinage. On ne sait où, pour le moment.
Conforté par l’avis favorable du SLO, Bhagwan a donc pu approuver la construction du mur de 120 m et légaliser, après coup, celui de 180 m, en se prévalant, tout comme Kavy Ramano, du sixième Schedule de l’Environment Act qui permet au ministre d’approuver « after adverse weather conditions ». On ignore si c’était au cyclone Batsirai en 2022 que Bhagwan se référait pour le mur de 120 m ou à un autre cataclysme postérieur.
À noter que le ministère des Terres de l’époque n’avait pas octroyé de planning clearance à Sun Resorts Ltd pour le mur. Contrairement à Shakeel Mohamed, qui vient de le faire pour le banquier Ravin Dajee.
Sollicité, le ministère de l’Environnement n’est pas encore revenu vers nous, prétextant le nombre de questions que nous lui avons adressées et être « pris par d’autres engagements ».
Ou alors, Rajesh Bhagwan a-t-il honte d’avouer qu’il a approuvé des murs pour les hôtels ? Pour rappel, il nous avait promptement répondu la dernière fois pour nous faire comprendre que c’était Kavy Ramano qui avait approuvé celui de Ravin Dajee.