Les réponses de Ramgoolam à Baboolall sur l’affaire Kistnen ressemblent étrangement
à celles de Pravind Jugnauth.

Par Narain Jasodanand

Deux ans après le changement de gouvernement et la promesse de Navin Ramgoolam de traîner en justice ceux qui sont derrière l’assassinat de Soopramanien Kistnen, le 18 octobre 2020, rien de concret.

C’est ce que l’on a compris des réponses du Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, aujourd’hui, à la Private Notice Question (PNQ) de Chetan Baboolall.

Il n’y a pas eu d’arrestation et l’enquête est toujours en cours, a dit le PM. Tout en ajoutant qu’elle ne sera pas facile vu que des preuves ont disparu depuis le décès de Kistnen en 2020, que d’autres indices n’avaient pas été prélevés à l’époque, que certaines pistes n’avaient pas été suivies et que des pièces à conviction n’avaient pas retenu l’attention qu’il fallait.

Bien que l’enquête ne soit pas encore terminée, il affirme que les experts anglais chargés de l’enquête sont parvenus à la même conclusion que la Senior Magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath, qui avait mené l’enquête judiciaire, c’est-à-dire qu’il y a bien eu homicide (il n’a pas dit meurtre) et non suicide.

Fort bien ! Mais qu’en est-il des flics responsables de l’enquête mal faite d’avant 2024 ? a voulu savoir Chetan Baboolall. Réponse de Ramgoolam : « L’enquête est en cours. » Donc pas de suspension de policiers.

Portables toujours silencieux

Pour Ramgoolam, il y a toutefois eu une avancée de l’enquête britannique : 17 personnes ‒ on ne sait ni qui ni quand ‒ ont été interrogées et, surtout, des découvertes viennent d’être faites le mois dernier, « je crois ». Dans un des deux téléphones portables de Kistnen, précise-t-il, et qui se trouvait sous le corps de l’ex-agent orange, les experts anglais ont pu récupérer des preuves. Lesquelles ? Il n’en a donné aucune indication. Le deuxième téléphone, qui était introuvable, vient d’être découvert et son contenu est… en cours d’analyse.

Quels sont les autres affaires sur lesquelles ont investigué ces experts britanniques ? s’est interrogé Baboolall. Hésitation de Ramgoolam : « Il y a ce cas où une personne a été projetée du haut de la falaise de Souillac. » Il faisait probablement allusion à Pravin Kanakiah, dont le corps avait été retrouvé en décembre 2021 dans la mer de la Roche-qui-Pleure. Il a également évoqué l’affaire de 2003 de Nadine Dantier, dont il a mal prononcé le nom. Si nous suivons bien Ramgoolam, ces experts anglais ont travaillé sur plusieurs autres « cold cases ».

Suppression massive de fichiers

Concernant les achats suspects durant le Covid, le PM a dit, encore une fois, que les enquêtes sont en cours mais que « des dossiers ont été détruits » et que, le 10 novembre 2024 à 3 heures du matin, il y a eu « massive deletion of files, environ 98 % de fichiers ». Pour une révélation, c’en est une ! Après deux ans…

Mais pourquoi n’y a-t-il pas eu d’arrestation dans ces ministères ou autres institutions ? ont demandé ensemble Paul et Joanna Bérenger. « Parce que l’enquête est en cours » a, bien sûr, répondu le PM. « Il faut obtenir les preuves pour procéder à des arrestations. Mais, voilà, les preuves (d’effacements de preuves ?) ont (aussi) été détruites », a déclaré sans rire Ramgoolam. Cependant, a-t-il ajouté, les experts anglais sont en train de les découvrir, ces preuves. Ah oui, c’est la Financial Crimes Commission (FCC), a-t-il souligné, qui enquête sur les achats Covid. Depuis deux ans…

Quant aux Kistnen Papers, explique Ramgoolam, il ne peut dire si une analyse d’écriture a été faite ou pas, car… une enquête est en cours.

Lorsque Chetan Baboolall a voulu savoir si les enregistrements des caméras Safe City avaient bien été sécurisés comme l’avait assuré Pravind Jugnauth, Ramgoolam a répondu que son prédécesseur avait menti car il n’y a plus rien. Quand il a fait une demande à Huawei pour une copie, eh bien, c’était trop tard, tout a été effacé. Aucune action n’a encore été prise contre ceux qui contrôlaient les caméras Safe City, car, évidemment, l’enquête est en cours.

Des sanctions contre le Dr Sunnassee, qui avait conclu à un suicide ? Rebelote : « Il faudra attendre la fin de l’enquête. »

Pravind Jugnauth bis

Là, Baboolall a fait un commentaire qui résume à lui seul toutes les réponses de Ramgoolam : « Les réponses du PM ressemblent à celles de son prédécesseur ! »

Et les traces d’ADN retrouvées récemment ? (Chetan Baboolall se référait de toute évidence à un article de presse qui faisait état de traces d’ADN sur le pantalon de Kistnen). Ramgoolam a répondu qu’il n’était pas au courant, ce qui a amené Baboolall à demander s’il n’y avait pas de cover-up. Le manque de résultats des enquêteurs britanniques n’a pas empêché Ramgoolam de s’écrier que sans ces derniers, rien n’aurait été découvert ! On se demande toujours ce qui l’a été. Pour couronner le tout, Ramgoolam a précisé qu’il ne pouvait dire quand l’enquête sur l’enquête serait bouclée.

À une question de Joe Lesjongard, Navin Ramgoolam a enfin avoué que les experts britanniques ne sont que des retraités de Scotland Yard, payés 78 000 livres sterlings (Rs 5 millions).

À noter qu’Adrien Duval, toujours prompt à surgir avec une question supplémentaire lors des PNQ, n’est pas intervenu. Ce qui a fait dire à un élu que le PMSD n’est plus dans un zigzag mais a pris résolument la voie de la majorité.