Sydney Pierre veut pouvoir continuer à regarder ses mandants dans les yeux.

Par Doris Félix

Le 31 juillet, un junior minister a perdu sa carrière. Mais il a gagné son miroir. Et Maurice a gagné un exemple : en politique, on peut encore choisir d’être un homme avant d’être un ministre.

Juin / juillet : pendant les débats du budget, Sydney Pierre critique ouvertement la réforme des pensions. Il dit que les non élus ne peuvent pas décider à la place des députés élus.

31 juillet : le soir du Finance Bill, division of vote. 55 pour, six contre. Beaucoup d’élus qui s’étaient démarqués en critiquant les réformes de la pension ont préféré suivre la facilité au lieu de la conscience. Ça a fait mal !

Mais une voix, au sein du gouvernement, s’est fait entendre. Celle de Sydney Pierre, qui est, de plus, junior minister au Tourisme, et le seul député de la majorité à voter non contre les amendements à la National Pensions Act.

Le soir même, il sera révoqué de son poste de junior minister par le Premier ministre, qui juge son vote « totalement inacceptable ».

5 août : il dit devant la presse : « Je suis toujours membre du PTr. Je siégerai comme backbencher. » Il voulait défendre ses convictions de l’intérieur, être « la voix des sans-voix ».

Août à octobre : les divergences persistent sur les pensions et sur la manière de gouverner. Puis arrive la crise de l’eau, la colère dans plusieurs régions, dont sa circonscription.

6 octobre : il remet sa lettre de démission au secrétaire du Parti travailliste et au PM. Il dit qu’il a attendu que les tensions s’apaisent et que l’état de santé d’Élodie Thomas s’améliore avant d’annoncer sa décision, par respect pour la situation du pays. Ses propres mots : « Mo pa pe dir ou mo pe zwenn le FMP, mo pe dir ou mo pe demisionn du Parti Travayis… L’avenir nous le dira. »

Son avenir

Il reste indépendant dans l’opposition : il gagne en liberté de parole, il devient la conscience du Parlement. Il vote selon sa conscience, sans discipline de parti, sans compromis.

S’il rejoint le Fron Militan Progresis (FMP) de Paul Bérenger, il obtiendra une structure, une tribune, et un leader historique qui le veut depuis le début. Il s’inscrira dans une force d’opposition déjà organisée.

Sydney Pierre ne restera pas seul dans son coin. Il rejoindra une force qui existe déjà, avec une histoire, une expérience, et un leader qui n’a jamais accepté de compromis quand il s’agit du bien et de l’avenir du pays.

Il n’est pas le premier face à ce choix. Joanna Bérenger et Chetan Baboolall ont aussi décidé de suivre Paul Bérenger dans l’opposition. Ils ont quitté le confort du pouvoir, ils ont quitté leur parti, pour rester fidèles à leurs convictions.

Sydney Pierre s’ajoute à cette lignée. C’est ça qui change tout : c’est un mouvement. Un pôle d’attraction se crée autour du FMP. Des hommes et des femmes de conscience, de générations différentes, qui se retrouvent sur la même ligne : la conscience avant la carrière.

Les petits partis émergents devront choisir de s’associer avec Paul Bérenger pour l’expérience qu’il offre. Et avec Sydney Pierre, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall, le FMP ne sera plus seulement un parti d’opposition. Il deviendra un lieu de rassemblement pour tous ceux qui refusent de cautionner ce qu’ils n’approuvent plus.

Et Navin Ramgoolam dans tout ça ?

Navin Ramgoolam ne décolle pas. Il est mal entouré. Ses conseillers ne font pas le poids. Sa cellule de communication est nulle. Ses nominations de petits copains creusent sa tombe politique.

Il avait donné trop d’espoir au peuple après dix ans de souffrance sous l’ère Pravind Jugnauth. Aujourd’hui, ce même peuple déçu et qui souffre se lève et ne veut plus pardonner. Quand le ventre crie, la plume mettra sa croix ailleurs.

Ramgoolam paie le prix de sa propre méthode : beaucoup de promesses, mais sur le terrain, la pension, l’eau, le coût de la vie, rien ne suit. Et chaque nomination de copain, chaque décision qui change avec le vent, éloigne un peu plus les députés de leurs mandants qu’ils doivent, eux, affronter quotidiennement.

Quelles conséquences possibles ?

Est-ce que les actuels députés, comprenant que leur carrière peut prendre fin rapidement, se rueront vers l’opposition pour se refaire une virginité ?

Et le fameux « Club des Quinze », tiendra-t-il encore longtemps ? Ou ses membres vont-ils finir par se disputer les derniers gilets de sauvetage quand le bateau prendra l’eau ? Encore une erreur de Ramgoolam !

Sydney Pierre a montré la voie. Joanna Bérenger et Chetan Baboolall également. Paul Bérenger, en quittant son siège de Deputy Prime Minister pour regagner l’opposition, l’avait montrée avant.

Le visage politique peut changer. Pas par un coup d’État, pas par un complot, mais par des départs de conscience qui, mis bout à bout, finissent par faire une vague.