
Elodie Thomas a été grièvement blessée par un coup de feu tiré par un policier sur un minibus.
Par Narain Jasodanand
Le bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) a émis un communiqué, hier, 12 octobre, pour faire le point sur la mise en accusation de Gautam Singh Taukoor, le sergent de police qui a tiré un coup de feu sur le minibus et grièvement blessé Elodie Thomas.
Le DPP rappelle d’abord que la police avait arrêté et inculpé le sergent pour « being in possession of a firearm with intent to endanger life » en violation de la Firearms Act.
Selon le communiqué, lorsque la police a recherché l’avis du DPP sur cette affaire, et après examen du dossier et demandes d’autres informations, le DPP a décidé d’enlever le chef d’accusation ci-dessus et de retenir les charges, provisoires, de « using a firearm to intimidate » le chauffeur du minibus et de « involuntary wounds and blows » sur la personne d’Elodie Thomas.
Le DPP dit avoir envisagé une inculpation provisoire d’homicide involontaire mais ne l’a pas retenue car, rappelle-t-il, il doit exister un soupçon raisonnable, soutenu par des preuves, pour décider d’un chef d’accusation. Et d’ajouter que, à ce stade de l’enquête policière, les preuves fournies ne démontrent pas l’existence d’un délit plus grave que celui retenu, soit « involuntary wounds and blows », donc pas de tentative d’homicide.
Le communiqué souligne que l’enquête est encore à un stade très préliminaire, que le rapport du Forensic Laboratory est toujours attendu et que tous les témoins n’ont pas encore été entendus, comme le passager du minibus. Il semble qu’il n’y avait que deux passagers et le chauffeur dans le véhicule.
Depuis la diffusion de ce communiqué, la police a enregistré la déposition du passager en question. On ne sait si sa déposition va changer la position du DPP. Il semble que sa version corrobore celle du chauffeur concernant la menace du sergent Taukoor avec son pistolet. Pas sur le coup de feu qui aurait été tiré dans le dos des passagers et qui n’en auraient donc pas vu l’auteur.
Seul le témoignage des policiers qui étaient en compagnie du sergent pourrait éclairer. Et s’ils n’ont rien vu ou disent n’avoir rien vu, il faudra compter sur le témoignage des occupants du minibus. À moins qu’il existe des images prises par des riverains ou autres personnes présentes sur le lieu de l’incident.
L’IPCC attendait une plainte…
Et les caméras de Safe City ? Y en avait-il dans les environs où l’incident a eu lieu ? Si oui, les enregistrements ont-ils été sécurisés ? Par qui ?
Le Senior Counsel Rama Valayden trouvait hier inacceptable que l’enquête soit encore entre les mains de la police alors que normalement elle aurait dû être prise en charge par l’Independent Police Complaints Commission (IPCC). Cette dernière, on s’en souvient, avait émis dimanche un communiqué pour dire qu’elle ne pouvait enquêter car aucune plainte n’avait été déposée auprès d’elle. Ce que deux proches d’Elodie Thomas ont fait hier, lundi, assistés de Mes Rama Valayden et Assad Peeroo.
L’enquête a donc été reprise par l’IPCC ce matin 13 octobre. L’IPCC recommencera-t-elle tout depuis le début ? Revérifiera-t-elle les preuves et éléments apportés par la police ? On sait comment sont importants les premiers constatations, témoignages, prélèvements d’indices et autres tests sanguin et urinaire.
Personne ne dit que la police fera un cover-up. Même s’il n’y en aura pas, l’intégrité de l’enquête est nécessaire pour au moins prévenir les mauvaises perceptions.
N’est-il pas temps d’envisager une réforme légale pour que l’IPCC se saisisse du dossier quand il y a au moins un policier impliqué et qu’elle n’ait pas à attendre, les bras croisés, que quelqu’un proche – s’il y en a ‒ d’une victime se décide à porter plainte ?