La plainte de Lily Romain contre un membre de la VIPSU n’a pas été prise en compte.
(crédit photo : Le Défi)

Par Narain Jasodanand

Les aventures de la Française Lily Lisa Romain à Maurice ont été, pour dire le moins, pleines de rebondissements. Arrivée le 23 mars, elle oublie sa valise à l’aéroport contenant dix kilos de cannabis et six kilos de haschisch (valeur marchande environ Rs 50 millions) et repart avec un autre bagage.

Elle est retracée rapidement par l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) deux jours plus tard à Grand-Baie, la valise l’ayant sûrement trahie.

S’était-elle trompée de bagage par étourderie ou avait-elle changé d’idée au dernier moment, en apprenant peut-être que le trafic de drogue est sévèrement puni à Maurice et, ne voulant pas prendre de risques, elle a laissé la valise derrière elle ? Ou alors, cette valise de drogue ne lui a-t-elle jamais appartenu ? Ces détails, de la plus haute d’importance, ne sont pas connus.

En revanche, on sait tout ‒ enfin presque ‒ des autres péripéties vécues par Lily Romain. Détenue au poste de police de Sodnac depuis son arrestation le 25 mars, elle s’éprend d’un policier qui y est affecté. Les deux tourtereaux ont même des relations intimes consenties, en plusieurs occasions, dans une autre salle.

Sexe, drogue et vidéo

Le journal Le Défi du 26 septembre nous apprend qu’en même temps, un officier de la Very Important Persons Security Unit (VIPSU), qui venait déposer son arme quotidiennement au poste de Sodnac, a tenté de séduire la Française. Selon nos renseignements, il y aurait même eu des attouchements et elle s’en est plainte auprès des responsables du poste de police.

Or, le ministre auquel était attaché l’agent de la VIPSU est intervenu. Il a empêché les policiers d’enregistrer la plainte. Le garde du corps a été seulement muté vers un poste de police dans l’Ouest, en guise de sanction. C’était en mai. L’affaire est vite oubliée.

Puis est venue la découverte des escapades de Lily Romain en compagnie du constable qu’elle aime. Lorsque la Française est interrogée par le Central Criminal Investigation Department (CCID), elle avoue mais ajoute qu’elle a été victime d’attouchements de la part de l’autre policier, de la VIPSU. Tout en soulignant qu’elle s’en est plainte à un responsable du poste de Sodnac. C’est alors que le CCID se rend compte que la plainte n’a jamais été enregistrée. De gros soucis en perspective !

Que faire ? Comment enregistrer la plainte de Lily Romain après quatre mois ? Impossible, d’autant que le ministre en question ne veut pas qu’on le fasse, surtout après tout ce temps, car « ça va se savoir ».

Fuites de… fausses infos

On ne sait quelles « négociations » ont eu lieu avec la jeune Française. En attendant, certaines informations ont été discrètement fuitées vers la presse selon lesquelles Lily Romain était incohérente dans sa déposition, qu’elle bénéficiait de protections occultes, qu’elle s’était « arrangée » avec l’ADSU, qu’elle allait être extradée avant le procès, qu’elle ne serait pas seulement dans le narcotrafic mais dans d’autres activités immorales.

La police a, à la fin, choisi d’envoyer le dossier au bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) mais il ne concerne que les deux amoureux et la policière qui permettait à ces derniers de batifoler. Il y a même eu reconstitution des faits… Et le DPP vient de recommander des actions disciplinaires contre le policier et la policière. Quant à l’affaire de drogue elle-même, elle n’est pas encore prête, bien sûr, pour être envoyée au DPP.

Le membre de la VIPSU, lui, a été sauvé une deuxième fois. Ce qui a provoqué l’indignation d’un policier : « Même le garde du corps d’une VVIP a droit maintenant à un traitement VVIP ! »

Mais ce que plusieurs policiers ne comprennent pas, c’est pourquoi ce dernier venait déposer son arme à feu à Sodnac alors que le ministre habite officiellement dans une autre ville. Ils sont bien décidés à tirer cette affaire au clair.

Entre-temps, Lily Romain a été transférée à la prison de Beau-Bassin en dépit de sa collaboration avec l’ADSU. Y sera-t-elle en sécurité ?