
Les Mauriciens, malgré leurs manifestations et leur colère, n’auront pas d’eau 24/7 de sitôt. Ils auront des Shopping Malls et des autoroutes à la place.
Par Narain Jasodanand
D’un côté, le ministère des Services publics de Patrick Assirvaden, qui se plaint du manque de ressources financières pour construire ou agrandir des réservoirs d’eau. De l’autre, le ministère des Infrastructures nationales d’Ajay Gunness, qui ne sait que faire des milliards prêtés par l’Inde et qui nous embarque malgré nous dans de nouvelles routes non-nécessaires.
D’un côté, les Mauriciens qui n’ont toujours pas l’eau 24/7 ‒ promise en fait depuis 2012 sous le Master Plan des travaillistes. De l’autre, des promoteurs privés, dont Ascencia, qui veulent s’enrichir encore plus en ouvrant cinq centres commerciaux dans l’Est du pays, grâce à l’autoroute M4, et qui tueront les petits commerces de ces mêmes Mauriciens.
D’un côté, les Indiens et les Chinois qui financent (en prêtant), qui fournissent leurs propres constructeurs et, parfois, ouvriers pour les projets de routes, de ponts etc. De l’autre, une multitude d’institutions financières internationales qui financent et nous laissent le choix du constructeur et des travailleurs.
D’un côté, l’EXIM Bank de l’Inde ou de la Chine qui déboursent les sommes principales directement au constructeur, sans que le pays ne reçoive ces devises étrangères. De l’autre, les banques européennes ou arabes qui déboursent les devises vers notre pays.
D’un côté, les banques et constructeurs indiens et chinois qui ne sont pas regardants sur la façon dont est dépensé l’argent prêté. De l’autre, les banques européennes, surtout, qui exigent de la transparence.
Pourquoi alors choisir les financements asiatiques ? Est-ce justement pour ces raisons ?
Priorité aux Shopping Malls et aux autoroutes
Dans son rapport de décembre 2025 sur la Central Water Authority, le National Audit Office (NAO) note que pour la construction du barrage de Rivière-des-Anguilles, pour l’agrandissement de celui de La Ferme et du Piton du Milieu, de La Nicolière ; pour la réhabilitation de Mare-Longue et des nouveaux projets à Mon-Vallon, Constance et Calebasses, il y a un problème d’« availability of funds and on the priority of use of funds ».
Pourquoi alors se tourner vers l’Inde pour avoir Rs 20 milliards en emprunts et exécuter les projets qu’eux, les Indiens, veulent ? Où sont notre souveraineté, notre indépendance et… nos priorités ?
Quant aux projets de Pipe Replacement Program, il est vrai que l’Inde nous prêtera Rs 3 milliards. Et ses contracteurs et travailleurs. Cependant, il faudrait s’assurer que le remplacement de canalisations améliore réellement la distribution.
Le NAO le dit dans son rapport : après le remplacement, entre 2023 et 2024, de 385 km de canalisations ‒ le nombre pourtant le plus élevé pendant dix ans ‒ « as regards NRW (Non-Revenue Water), the 60 per cent that was recorded in previous years still lingered as of December 2024. The new pipes laid have had no effect in reducing NRW ».
Si l’Inde ne veut financer la construction de barrage, pourquoi ne pas se tourner vers les institutions qui le feront ?
Les nouvelles autoroute M4 et Ring Road sont-elles devenues plus prioritaires que l’eau ?
Quant aux projets de dessalement, on se demande qui les financera. En tout cas, ce ne sera pas l’Agence française de développement, qui ne veut le faire pour les raisons suivantes : trop polluants, trop énergivores, trop coûteux et notre pays dispose de suffisamment d’eau douce, provenant de la pluie, qu’il suffit de bien gérer. Comme à Mare-aux-Vacoas, dont l’eau se perd, en amont ou en aval, on ne le sait.
Ascencia veut encore plus de routes
Aux dernières nouvelles, Ascencia ne se contenterait pas de la M4. Elle voudrait que la Road Development Authority emménage des accès de l’autoroute vers ses supermarchés. Comme les différents gouvernements l’ont fait pour Jumbo, Bagatelle et Tribeca, entre autres. Une réunion de haut niveau a même eu lieu les 2 et 16 juillet à ce propos avec des directeurs d’Ascencia.
Et l’on nous dira après qu’il n’y a pas assez de sous pour améliorer la distribution d’eau.