
Par Narain Jasodanand
D’après Aditi Boolell, Ken Arian serait passé du Mouvement socialiste militant (MSM) au Part travailliste (PTr) juste avant les législatives du 10 novembre 2024. Il aurait aussi « passé » aux Rouges un document – les « K Notes » ‒ comprenant une liste de scandales sous le MSM à être utilisée par les candidats travaillistes sur les estrades.
Ken Arian aurait inclus quelques conseils généraux aux orateurs sur la façon de s’adresser à une audience. Comme « Don’t do long speeches. Focus on 10 points… » Il donne même, et en créole, les slogans à utiliser comme, pour un ex-ministre : « Garde Fam partout – … donne zot gros gros salaires pou cass stress (sic). »
Stéphane Adam a remis ce document à Scoop.mu, dont nous publions quelques extraits. Il nous dit l’avoir reçu de Tevin Sithanen. Cependant, il est possible que Ken Arian ‒ si c’est bien lui ‒ bluffe car aucune preuve de ces scandales n’est fournie. Mais ayant été quelqu’un du sérail orange, il devait savoir de quoi il parlait…
Les scandales dont fait mention le document étaient déjà connus, sauf quelques-uns comme la vente de Habib Bank, l‘Indien Prasad Rao Boppana qui voulait acheter la MauBank, des deals douteux avec Huawei, un contrat relatif au projet E-Health, un « Deal CEB » dont on ignore les détails et le business Zako.
Drogue, poissons etc.
Le document reprend les fameux contrats octroyés par le conseil de district de Moka sous le MSM et bien sûr de l’affaire Kistnen. Est mentionné également le business d’octroi de licence aux bateaux de plaisance, dont on se doutait mais qui n’a jamais été confirmé, de même que la proximité d’un ministre du MSM avec des barons de la drogue. Ce qui, bien sûr, n’a jamais fait l’objet d’investigation de la part du présent gouvernement…
Quant à l’affaire MMG, le document allègue qu’il y a eu des remises de commissions à certains ex-ministres. Est aussi évoqué le business des poissons by-catch – pratique qui a subsisté sous le présent gouvernement.
Vengeance et indulgence
On note toutefois l’absence dans le document de tout scandale chez Air Mauritius (MK). Pourtant, ils n’en manquaient pas, chez MK et les autres entités liées. Est-ce parce que Ken Arian était Chief Executive Officer d’Airport Holdings Ltd, président du conseil d’administration d’Airports of Mauritius Co Ltd, président d’Airport Terminal Operations Ltd et membre du conseil d’administration d’Air Mauritius ? Dans l’affirmative, cela ne tendrait-il pas à prouver que Ken Arian est bien l’auteur de ces « K Notes » ?
Quant à la motivation derrière ces dénonciations, on savait que Ken Arian était tombé en disgrâce auprès de Lakwizinn en 2024. Et qu’il était entré en conflit surtout avec Renganaden Padayachy, qui est la cible principale dans les « K Notes ».
On ne sait si Ken Arian a remis aussi d’autres informations et des preuves directement aux dirigeants du PTr. Ce qui est sûr, toutefois, c’est que très peu d’enquêtes ont été ouvertes depuis novembre 2024. Sauf l’affaire Menlo Park, mais celle-là ressemblait plus à un règlement de compte personnel que politique.
Ken Arian, lui, semble avoir été épargné dans la « petite » affaire d’achat et de revente de voiture de Jet Prime par Anba Manikham.
Quant au rapport Kroll, payé on ne sait combien de millions, il aurait été mis au fond d’un tiroir. Était-ce pour protéger Ken Arian en retour de son « aide » durant la campagne électorale ? Possible, plusieurs pensent que d’autres personnalités bénéficient aussi de ce cover-up.
Ramgoolam avait promis la National Crime Agency (NCA) pour pouvoir enquêter sur ces scandales. Il faudra attendre pour savoir ce que cela donnera. À moins que le projet de loi ne soit retiré après les contestations. Ce qui permettra alors à Ramgoolam de dire : « Vous n’avez pas voulu de la NCA. On ne pourra rien faire contre le MSM. » Commode !
Contacté par Scoop.mu, Ken Arian n’a pas voulu commenter. Tevin Sithanen ne nous a pas répondu.